Erik Bullot

  • Découverte et louée par les surréalistes, l'oeuvre du poète et écrivain Raymond Roussel ouvre un pan de la modernité artistique et littéraire à l'orée du vingtième siècle, de Marcel Duchamp à Georges Perec. Étudier les relations entre Roussel et le cinéma relève toutefois d'une gageure. Il n'est pas sûr que l'écrivain soit jamais entré dans une salle de cinéma. Mais les fictions rousselliennes multiplient les références aux jeux d'optique, au dispositif de la projection, aux tableaux vivants. Ses poèmes (La Vue, Nouvelles Impressions d'Afrique) court-circuitent les relations entre le mot et l'image à travers un usage explosif de la description. Le gala des Impressions d'Afrique est accompagné d'un discours explicatif qui rappelle le cinéma des premiers temps et la présence du bonimenteur. Les scènes de Locus Solus sont autant de boucles narratives, énigmatiques et transparentes, à la manière d'un cinéma vivant.

  • Le Film et son double explore l'hypothèse du cinéma performatif, à savoir la façon dont le cinéma peut s'actualiser en dehors de son dispositif technologique traditionnel, notamment par la parole. L'ouvrage s'essaie à définir des catégories comme celles du film papier, du film script ou du film conférence, à l'aide d'oeuvres du cinéma moderne, expérimental, du lettriste et de l'art contemporain.
    Déplacé de la salle à l'écran de l'ordinateur, dissocié de son dispositif technologique traditionnel, le film rencontre aujourd'hui de subtiles métamorphoses. Il semble persister sous son avatar numérique à la manière d'une promesse, d'un fantôme ou d'un double. On observe en effet dans le champ du cinéma expérimental et de l'art contemporain de nombreuses stratégies artistiques qui tentent de remplacer le film par un simple énoncé sous la forme de conférences illustrées, de lectures ou de performances. Peut-on faire un film avec des mots ?
    Faisant suite à Sortir du cinéma, publié par le MAMCO en 2013, Le Film et son double se propose d'étudier le devenir performatif du cinéma à travers cinq catégories spéculatives : le film papier, le film script, le film conférence, le film boniment, le film mouvement. Un film peut-il exister sous la forme d'un collage ou d'une suite visuelle ? Le script peut-il se substituer à l'oeuvre ? Une conférence est-elle un film performatif ? Peut-on pénétrer dans l'écran pour raconter une fable ? Les mouvements sociaux d'occupation des places relèvent-ils du cinéma vivant ?
    Au fil de cet ouvrage sont étudiées des oeuvres du cinéma classique (Sacha Guitry) ou moderne (Marguerite Duras, Jean Eustache, Marcel Hanoun), du champ expérimental (Hollis Frampton, Isidoro Valcárcel Medina) ou du mouvement lettriste (Isidore Isou, Roland Sabatier) ainsi que des performances d'artistes contemporains (Tony Conrad, Rabih Mroué, Peter Miller). Deux études consacrées respectivement aux apports du lettrisme et à la disparition du projectionniste complètent cette enquête. Le cinéma à venir sera-t-il performatif ?
    Cinéaste et théoricien, Erik Bullot (né en 1963) a réalisé plus d'une vingtaine de films, à mi-chemin du film d'artiste, du documentaire et du cinéma expérimental.

  • À l'heure du cinéma d'exposition et de la diffusion des films sur les écrans domestiques de l'ordinateur ou du téléphone mobile, le cinéma semble être l'objet d'une profonde transformation.
    Est-il renversé, au sens d'une fin de règne, par de nouveaux médias et de nouvelles pratiques, ou inverse-t-il, en termes dialectiques, ses propres éléments en vue de sa relève ? " L'envers vaut l'endroit ", écrit Jean Epstein dès les années vingt. Curieusement, le motif du renversement, qu'il soit optique, plastique, dramatique, structurel ou musical, a longtemps hanté l'histoire du médium.

  • Une enquête sur les relations entre le champ du cinéma, dans son histoire et son devenir, et celui de l'art.

  • A la fin du siècle dernier, michel pacha, constructeur des phares de l'empire ottoman, bâtit un château néo-mauresque à tamaris, frappé par la similitude entre la baie du bosphore et la rade de toulon ; eugène mazel, marchand d'épices, plante une forêt de bambous près d'anduze, à l'entrée des cévennes ; albert kahn, riche banquier soucieux de concorde universelle, envoie des photographes sur toute la planète pour en dresser un inventaire et rassemble dans sa propriété de boulogne-sur-seine des jardins de différents pays.

    En ces mirages d'exotisme - constantinople sur la côte d'azur, chine languedocienne ou tour du monde en banlieue parisienne - le maître des lieux s'est plu à disparaître en effaçant ses traces, ne laissant qu'une épave végétale en guise d'emblème. le mystère de ces vies chimériques, parfois romanesques, semble s'être lové tout entier dans leurs jardins devenus cryptogrammes.
    Sur une ligne de partage ironique entre l'exotisme et l'identité, l'utopie et la nostalgie, l'art des jardins et la photographie, l'invention et l'enquête, jardins-rébus instruit ces non-lieux afin d'en découvrir le secret dérobé.

  • Sayat nova, réalisé en 1968 par le cinéaste arménien serguei paradjanov, est apparu comme un météore dans le ciel des étoiles fixes du cinéma.
    Ses tableaux vivants, ses poses hiératiques, son recours à l'allégorie en font, au-delà de sa beauté plastique frappante, une oeuvre teintée d'énigme qui déjoue la possibilité de son exégèse. la frontalité exacerbée des plans et le regard des modèles adressé au spectateur imposent le face-à-face. au fil d'une relation précise de ses images, l'auteur de cet essai s'exerce à déplier le film en privilégiant différentes lignes d'interprétation comme l'enfance, la magie ou le présage, en vue d'instruire son extrême singularité.
    Sous le langage d'objets, la circulation des offrandes, le tissage complexe des motifs, le jeu des métamorphoses se révèle un film à la beauté cristalline qui actualise, entre cinéma primitif et modernité, une puissance poétique du cinéma.

  • De nombreuses performances artistiques aujourd'hui se proposent de remplacer le film par son énoncé sous la forme d'une conférence illustrée ou d'une lecture. Des fragments d'un film à venir (photographies, documents, fragments de scénario) sont présentés en guise du film lui-même. On peut s'interroger sur ces nouveaux formats. De quoi sont-ils le symptôme ? S'agit-il d'un futur performatif du cinéma ?

    Proposons cette définition du film performatif : un événement, unique ou susceptible de reprises, qui actualise, à travers une série d'énoncés, verbaux, sonores, visuels, corporels, émis par un ou plusieurs participants en présence de spectateurs, un film virtuel, à venir ou imaginaire. Situé entre les différents médiums - conférence, film, théâtre, performance -, le film performatif en exacerbe chacune des puissance. Réduit à son simple énoncé, le film s'actualise sous les yeux des spectateurs en exposant l'ensemble de la chaîne de fabrication, de la simple intuition à sa cristallisation plastique, renvoyant l'artiste à la fonction de producteur.

    Du film performatif esquisse une cartographie de ces nouvelles pratiques en proposant à des artistes et des cinéastes de livrer des documents relatifs à leur expérience performative : textes, comptes-rendus, suites visuelles ou entretiens.
    --- Sous la direction d'Érik Bullot.
    Avec Filipa César, Esperanza Collado, Thomas Clerc, Alexis Guillier, Franck Leibovici, Silvia Maglioni & Graeme Thomson, Peter Miller, Rabih Mroué, Uriel Orlow, Simon Ripoll-Hurier, Roland Sabatier, Clara Schulmann.

    Direction artistique : Ludovic Burel.
    Conception graphique : Camille Garnier.
    Traduction : Zoé Baraton, Érik Bullot, Thibaut Gauthier, Marie-Laure Lapeyrère.

  • Le Mucem - musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée - a hérité des collections réunies par l'ancien musée national des Arts et Traditions populaires (MnATP), créé en 1937 par Georges Henri Rivière.

    Mais qu'en est-il désormais de ces collections aujourd'hui en sommeil dans les réserves du Mucem ? À la suite de résidences et d'ateliers préparatoires, artistes et chercheurs en proposent une activation inédite. L'exposition Document bilingue et le catalogue qui l'accompagne interrogent le statut de ces objets entre art populaire et discours scientifique, entre ethnographie et esthétique.

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