Mohammed Taleb

  • « Changez un arbre en une bûche et il brûlera pour vous, mais il ne portera jamais de fleurs ni de fruits. » Poète, romancier, dramaturge, philosophe mais aussi pédagogue, compositeur et peintre, Rabindranath Tagore (1861-1941) fut le premier prix Nobel de littérature non européen.

    Contemporain de Gandhi, il croyait fermement en la possibilité d'un dialogue entre les cultures, à condition de remettre en cause le destructeur « esprit de la machine » de la civilisation capitaliste occidentale. Il oeuvra jusqu'à son dernier souffle pour l'avènement d'un monde plus juste et harmonieux, fondé sur une existence recentrée sur la nature, la beauté, la spiritualité et la vie locale.

    Mohammed Taleb nous invite ici à découvrir une pensée foncièrement écologiste et décroissante, qui inspira notamment l'écoféministe Vandana Shiva.

  • Pour Theodore Roszak, sortir de la crise écologique ne signifie pas proposer une gestion plus efficace et plus rationnelle des « ressources de l'environnement ». Il s'agit d'affirmer la nécessité d'une rupture essentielle avec le fond même de la modernité, du capitalisme et du rationalisme.

    L'un des mérites de Theodore Roszak est de rappeler que le capitalisme tire sa force de sa capacité à produire, à faire consommer, mais aussi à dévoyer, à manipuler les critiques qui lui sont faites. Afin d'éviter cette récupération, les mouvements contestataires qui défendent les idéaux de la paix, de l'écologie et de la justice sociale doivent puiser dans la longue mémoire des peuples, à la recherche des fragments d'histoire, des mythes, des images, des cultures, des expériences qui sont littéralement en rupture avec la modernité techno-industrielle, sa science et son esprit de calcul. Ces mouvements ne libéreront le futur que s'ils décolonisent le passé, en faisant de celui-ci une mémoire vivante.

    Roszak s'intéresse ainsi, notamment, à William Blake, Goethe, les alchimistes, les néoplatoniciens, les poètes de toutes contrées. Pionnier de la « contre-culture » (c'est lui qui forgea l'expression), il approfondit sa pensée dans les années 1990, introduisant la notion d'écopsychologie. À la fois politique et spirituelle, thérapeutique et artistique, et foncièrement anticapitaliste, l'écopsychologie soutient que l'homo oeconomicus est une caricature d'humanité, un humain mutilé car amputé des profondeurs de son être et de ce qui fait sa dignité : son imagination créatrice, son lien social, sa capacité à symboliser, sa conscience visionnaire.

    Les auteurs réunis dans cette collection constituent les racines de la pensée politique de la décroissance. L'apport de Roszak à cette pensée est présenté ici par Mohammed Taleb ; la seconde partie de l'ouvrage est composée d'extraits qui offrent un accès direct à son oeuvre.

  • L'écologie, à l'instar de bien d'autres domaines, est traversée par un clivage central : à l'écologie dominante s'oppose l'écologie du Sud, comprise comme un ensemble réfractaire à l'hégémonie occidentale capitaliste. À la fois théorique et pratique, cette écologie est avant tout une démarche d'alternatives et de résistance. "L'écologie vue du Sud" donne une voix à cette parole méconnue à travers un choix d'exemples significatifs et porteurs d'une dimension universelle. Du Burkina Faso aux luttes paysannes indiennes en passant par le Mouvement des "sans terre" au Brésil et la résistance écopaysanne palestinienne, Mohammed Taleb retrace une aventure écologique faite de spiritualité, de justice sociale et de pluralisme culturel. Et cette aventure n'est pas celle des « pauvres victimes » de la crise écologique, mais celle de producteurs de sens, de créateurs d'analyse, d'inventeurs de solutions alternatives. Écouter le Sud, c'est faire dialoguer les cultures et les civilisations, c'est faire avancer le Nord. TDM : Introduction - 1 - Mobilisations paysannes indiennes contre la dépossession - 2 - Le paysan sans terre de l'Amérique latine afro-indienne - 3 - Les nations indiennes aux États-Unis : cosmovision politique et militance sacrée - 4 - Palestine, une écologie de résistance - 5 - Une Afrique sur le front de l'écologie - 6 - Philosophie et théologie de la libération écosociale - Conclusion.

  • Depuis l'Antiquité, l'Âme du monde constitue une figure majestueuse des courants philosophiques et spirituels. Après Platon qui, dans le Timée, décrit le monde comme possèdant une âme qui a pour principale fonction de justifier les mouvements régulier des corps célestes, puis les stoïciens, qui identifieront l'Âme du monde à la divinité elle-même, ce fut au tour des néoplatoniciens, des alchimistes de la Renaissance, des philosophes romantiques et des métaphysiciens de l'Orient d'attribuer à l'Âme une fonction essentielle dans l'ordonnancement du cosmos et des êtres. Retrouver aujourd'hui le sens et les chemins de l'Âme du monde apparaît, aux yeux de toute une lignée de poètes, de visionnaires, d'artistes, de scientifiques, de philosophes, comme une exigence spirituelle, une nécessité morale, un impératif de survie.

  • À travers l'idéologie du progrès, le capitalisme entend inscrire tous les peuples et toutes les sociétés du monde dans la ligne historique du développement capitaliste occidental. En un processus qui réduit tout ce qui existe - aussi bien les humains, les liens qu'ils tissent entre eux que la terre qu'ils habitent - à l'état de chose, il a fait de l'injustice écologique un corollaire inévitable de l'injustice sociale.
    Au Sud, l'idée que la spiritualité est une dimension essentielle de la résistance des peuples à la mondialisation néolibérale est encore très prégnante. Au Nord, où toute perspective sur le monde semble régie par l'utilitarisme et la raison instrumentale, elle paraît dépassée, voire indécente.
    Ce livre se consacre à quelques-unes des figures révolutionnaires qui ont articulé à leur combat les dimensions culturelles, artistiques et spirituelles dans le contexte des métropoles impérialistes du monde occidental.
    Il explore les thèmes de l'anticolonialisme culturel, du marxisme romantique, de la théologie de la libération, de la créativité libertaire, de la décolonisation de l'imaginaire, de l'islam révolutionnaire, etc.
    À travers ces trajectoires et ces pensées, il met en lumière l'articulation entre culture, art, spiritualité et conscience révolutionnaire, et pose les bases de nouvelles alliances sociales et interculturelles entre Orient et Occident, pour en finir avec le choc des civilisations, et ouvrir les perspectives d'un universalisme véritablement pluriel.

  • Trois fois sainte, Jérusalem a subi une histoire tourmentée loin de la sérénité que l'on aimerait trouver dans un tel lieu. Ce n'est pas la religion qui appelle la violence comme certains l'ânonnent bien légèrement, oubliant combien de génocides et de massacres ont été perpétrés au XXème siècle au nom d'idéologies d'un matérialisme exacerbé. Ce sont les pouvoirs qui se servent de la religion pour asseoir leur domination.
    Ainsi, consacrer un volume d'Arpenter le sacré à Jérusalem était une gageure compte tenu des tensions que vit cette ville. Mais la difficulté stimule! Nous avons donc fait appel à trois écrivains aux démarches fécondes en leur demandant de faire vivre Jérusalem avec leur foi et leur sensibilité, mais sans intervenir sur la question politique abondamment traitée ailleurs.
    Les auteurs ont travaillé séparément. Aucun n'est engagé par les écrits des autres. Les textes expriment des points de vue qui ne s'emboîtent pas. Ils sont réunis comme on rassemble des contributions dans une revue. Chacun a écrit selon sa personnalité et son expérience, ce qui donne au livre une allure vivante et libre.
    Grâce à cet ensemble, les lecteurs pourront mieux saisir la complexité des couches spirituelles de cette ville dont la lumière reste un exceptionnel stimulant pour l'Esprit.

  • Si Platon l'a célébrée, l'Âme du monde le fut aussi, plus tard, par d'autres traditions métaphysiques. Elle est l'anima mundi des Chrétiens du Moyen Age, la nafs al-Kuliyya (l'Âme universelle) des Musulmans, la shakti de l'Inde. Nos philosophes nous disent qu'elle est Médiatrice entre, d'une part, le monde de la matière dans lequel nos corps se meuvent, et d'autre part, l'Intellect et, au-delà de lui, la transcendance de l'Un. Aucune parole rationnelle humaine ne peut saisir l'Essence, l'Origine ultime. Médiatrice, l'Âme du monde est cette immanence et cette présence du divin, elle tient son rang de liant universel.
    L'abandon de l'Âme et de l'Âme du monde n'a pas seulement généré la crise écologique, elle a aussi eu des conséquences sur la représentation sociale occidentale du monde et de ses diverses sociétés. Carl Gustav Jung était conscient de cette déformation. En 1928, dans Problèmes de l'âme moderne, il écrivait ces lignes qui gardent, encore aujourd'hui, leur pertinence : « L'âme de l'Occident se trouve dans une situation critique, d'autant plus critique que nous préférons encore les illusions de notre beauté intérieure à la plus impitoyable vérité. L'Occidental vit dans un véritable nuage d'ivresse individuelle qui tend à lui dissimuler son vrai visage. Mais que sommes-nous pour les hommes d'autres couleurs ? Que pensent tous ceux que nous exterminons par l'eau-de-vie, les maladies vénériennes et le continuel vol de leur terre ? ».
    Retrouver le chemin de l'Âme du monde, c'est donc incontestablement se donner la possibilité de faire advenir un monde de la réconciliation par-delà les dualismes qui déchirent l'unité du monde. C'est ce que tente de nous démontrer dans ce livre Michel Cazenave et Mohammed Taleb.

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