Pu De Bordeaux

  • L'ouvrage rassemble des pièces éparses de travaux conduits sur un quart de siècle à propos des représentations de l'Orient arabe et des échos ou remplois qu'elles connurent dans les régions dont elles rendaient compte. Il s'attache à suivre dans toute leur variété les parcours biographiques de ceux qui les produisirent, auteurs connus ou au contraire insuffisamment identifiés, de façon à illustrer la multiplicité des modes de représentations et des itinéraires de ceux qui en furent les vecteurs.
    Partant du principe que l'on peut représenter la même chose (mais avec des contraintes différentes) par les différents procédés de l'image - dessin, peinture, affiche, photographie -, par la description littéraire ou scientifique (spécialement, pour notre cas, l'ethnographie), il réfléchit sur les conditions d'élaboration des figurations du social dans l'histoire, et leur legs aux sociétés d'aujourd'hui.
    C'est en effet un héritage difficile dont doivent traiter les Etats nouvellement indépendants, travaillés qu'ils sont par des recherches identitaires autant que par leurs confrontations à l'Occident, que d'avoir à traiter d'un stock documentaire, savant ou fantasmatique, produit dans le cadre de la curiosité coloniale, mais qui reste souvent le seul témoignage sur leur passé ou leur diversité interne.
    Bien que ces interventions soient rangées en phases, en thèmes et perspectives (y compris quelques aveux biographiques), l'auteur assume ici, la "stratégie du lièvre", soit une démarche cherchant à sillonner l'espace, la durée et les points de vue, sur un Orient qui doit en ressortir avec d'autant plus de relief.

  • - "Qu'est-ce que tu écoutes comme musique(s)?" Pourquoi est-il parfois si difficile de répondre à cette question alors que les mots pour désigner la musique ne manquent pas ? Quels sont les enjeux propres à l'expression d'une connaissance sur nos relations à la musique ?
    - "J'écoute du Rock, du Métal, de la Musique électronique ... un peu de tout." Quelles sont les conventions supposées par cette façon d'appréhender la musique en la catégorisant ? Que disons-nous de la musique et de notre vécu en la parlant dans une diversité ? Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de décrire et d'étudier dans le détail nos usages de catégories musicales, nos recours à la catégorisation et leurs contextes. C'est l'objet de ces Accords mineurs : revenir sur la condition de nos quotidiens d'amateurs de musique vivant et parlant avec des catégories musicales dans un monde de catégories musicales.

  • L'état de Ségou et ses chefferies aux XVIIIe et XIXe siècles : côté cour, côté jardin Nouv.

    Ce livre est une contribution majeure à l'histoire et à l'anthropologie politique de l'Afrique de l'Ouest précoloniale, et plus particulièrement au royaume de Ségou pendant les XVIIIe et XIXe siècles. Moussa Sow propose un éclairage nouveau sur le rapport entre le « Centre » du royaume et sa périphérie, notamment sur les chefferies qui ont joué un rôle politique et militaire majeur dans le renforcement de l'État de Ségou.
    Cette étude repose sur une enquête de terrain de grande ampleur menée dans cent cinquante villages où ont été recueillies ce que Moussa Sow nomme les « archives diplomatiques ».

  • Dans cet ouvrage, Chantal Crenn évoque une migration d'élite qui a très peu suscité l'intérêt des chercheurs. Grâce à une immersion longue sur le terrain dans les familles malgaches, tant à Tananarive qu'à Bordeaux, elle a produit des données ethnographiques fines et de première main. Inscrite dans le courant porté par Gérard Althabe d'une anthropologie du monde contemporain, elle interroge la manière dont elle a recueilli ses données lors d'une enquête anthropologique difficile, au départ, du fait du désir d'invisibilité distinctive des membres de cette migration d'élite.
    Outre ce phénomène migratoire peu étudié, l'intérêt de cet ouvrage est aussi de montrer comment se construit 1'ethnicité de ces migrants, de ces hommes et ces femmes appartenant à la bourgeoisie et aux classes moyennes taranariviennes dans les contextes tananariviens et bordelais des années 1990. Se situant dans une perspective constructiviste, elle retrace 1'historicité des différentes vagues migratoires de ces migrants venus de Madagascar, afin de mieux en saisir les continuités/discontinuités (et vice versa) prises dans les relations asymétriques des sociétés française et malgache.
    Le lecteur suivra ces jeunes gens et jeunes filles, souvent étudiant(e)s brillant(e)s qui, dans la tradition de l'époque coloniale, viennent seul(e)s faire des études universitaires en France, suivi(e)s à partir des années 1980, dans un climat politique tendu (régime autoritaire du président Rastiraka), par leurs parents, grands parents qui viennent s'installer définitivement en France. Ce regroupement familial situé dans le contexte politique français des années 1990 marqué par le racisme, engendre de la part de ces migrants des tactiques d'invisibilité ou de différenciations positives afin d'occuper une place valorisante dans la société française.
    Voyageant entre Tananarive et Bordeaux, Chantal Crenn insiste sur l'importance de prendre en compte les allers-retours des migrants entre Madagascar et la France, et ainsi d'articuler ethnicité et globalisation dans une même analyse.

  • Depuis Levi-Strauss et Jakobson, le lien entre linguistique et ethnologie fait partie de l'histoire de cette discipline. L'ethnopragmatique est une continuation de cette tradition dans la mesure où elle concilie les apports de la théorie du langage (la pragmatique) avec la recherche ethnologique. Récemment apparue, issue du courant philosophique du Linguistic Turn (1967), elle accorde une importance fondamentale à l'observation du langage ordinaire dans le recueillement des données ethnographiques, notamment lors des échanges entre ethnologue et sujets. Ce n'est pas ce qui est dit qui importe mais comment les choses sont dites. Une première partie de l'ouvrage introduit la notion même d'éthnopragmatique. Un second chapitre développe les auteurs et courants d'idées qui ont enrichi cette démarche. Puis sont examinées certaines applications concrètes de l'éthnopragmatique, notamment en France.

  • En marge de l'Université, Julio Caro Baroja a construit une oeuvre à l'intersection de l'histoire, des études littéraires et de l'anthropologie.
    A l'apogée du structuralisme, son ouvrage Le Mythe du caractère national (1970) affirmait la nécessité d'utiliser la démarche historique pour " déconstruire " les catégories utilisées en anthropologie. Il a pu ainsi mettre à mal les fondements des préjugés portés sur les peuples. Ces a priori collectifs et permanents qui traverseraient siècles et individus et qui guideraient parfois les comportements, voire les politiques.
    Les leçons de ce livre intéressent l'ensemble des sciences sociales mais aussi l'observateur des sociétés d'aujourd'hui.

  • L'examen du développement de l'anthropologie soviétique met en lumière le rôle des contraintes dans l'avènement d'une discipline.
    La pression politique et policière - les déportations, voire les exécutions toujours possibles - ne constitue qu'un des éléments du processus, la concurrence des autres disciplines, les enjeux de pouvoir dans les institutions académiques, les contraintes scientifiques, les relations avec l'étranger représentent, parmi d'autres, des déterminations qui parfois peuvent jouer un rôle essentiel. A la seule explication politique et policière, Frédéric Bertrand oppose l'examen méticuleux des textes russes, l'analyse minutieuse des contextes académiques et des entretiens approfondis avec les témoins.
    Il propose ainsi une description précise d'un monde méconnu dont le rôle fut pourtant essentiel dans la formation de nos propres sciences sociales au XXe siècle. N'oublions pas que c'est Jakobson qui a fondé le structuralisme, Bakhtine le dialogisme, Tolstoï la critique des sources orales et que ce dernier a inventé le texte libre dans les écoles, technique reprise en France par Freinet. Pourquoi aller chercher en Russie les procédures pour fonder nos propres sciences sociales ? Cet ouvrage nous donne quelques éléments de cette situation en nous présentant le cheminement des recherches anthropologiques dans l'Union soviétique des années 20-30.
    Préfacée par Bruce Grant, le spécialiste américain de ces questions, cette analyse anthropologique d'une anthropologie s'inscrit dans le cadre des enquêtes actuelles sur la généalogie des sciences et sur la légitimation de leurs approches.

  • De 1770 à 1820, une série d'événements théoriques majeurs scandent l'histoire de la chimie : la " Révolution chimique " initiée par le français Lavoisier est suivie de la fondation de l'atomisme chimique par l'anglais Dalton puis de l'invention de l'électrochimisme et de l'électromagnétisme notamment par des auteurs comme Ritter et Oersted, tous deux fortement inspirés par la philosophie allemande de l'époque.
    La philosophie hégélienne de la nature offre un point de vue très éclairant sur la manière dont cette histoire fut écrite et perçue en Allemagne. Elle permet de prendre la mesure de toute la distance qui séparait les cultures scientifiques française et anglaise d'une culture scientifique allemande imprégnée par les hypothèses philosophiques " dynamistes " de Kant. Elle fournit en outre le témoignage d'une collaboration étroite par laquelle philosophie et chimie s'attachaient de concert aux problèmes scientifiques : résolution de difficultés conceptuelles, élaboration d'un formalisme et d'un cadre théorique adéquat, fondation des principes.
    On lira dans cet ouvrage l'analyse des différentes propriétés de ce phénomène historique singulier, la traduction de textes importants de philosophes et de chimistes de l'époque, et l'étude de l'interprétation par Hegel des problèmes de la chimie dynamiste.

  • Pierre Métais a partagé pendant de très longues années la vie des tribus canaques de Nouvelle-Calédonie, notamment celles de la région de La Foa.
    Pour des raisons multiples (effacement de la mémoire orale, départ des jeunes vers l'école et des adultes vers la ville et les villages, effondrement des structures d'autorité), le respect des terres de chacun est souvent transgressé de manière parfois radicale (spoliation, captation d'héritage, notamment celui des femmes ou des absents). Profondément heurté par ces conflits entre familles dans les tribus, Pierre Métais plaide en faveur de l'élaboration d'un 'cadastre' des biens des habitants des tribus.
    Et comme pour comprendre l'organisation et les valeurs d'une société contemporaine il faut s'appuyer sur son histoire vivante - bien que souvent devenue mythe - il s'est attaché à montrer ce qu'est la terre, valeur première pour la société mélanésienne : la terre-histoire (celle des souches, des emplacements des clans et des migrations) ; la terre-livre où sont inscrits les titres de noblesse, les hiérarchies sociales (celle des lignages) qui conditionnent les droits et les devoirs ; la terre cultivée qui nourrit et permet par ses produits de se marier, d'être enterré, etc.
    ; la terre inaliénable que les générations ont pour mission de transmettre ; la terre possession (et non propriété) collective et individuelle ; la terre qui change (occidentalisation, modification du mode de vie indigène, variation de la démographie, etc.). Riche en références profondes sur des problèmes et des situations que l'on peut aisément appliquer à d'autres sociétés, cet ouvrage empreint d'humanisme porte la marque d'une longue expérience de terrain ; il est agrémenté de nombreux schémas, cartes et dessins, oeuvres de l'auteur, d'un géomètre et de Mélanésiens.

  • Les exigences de l'anthropologie, sa capacité d'aborder les sujets les plus variés, la précision et la qualité de ses résultats lui procurent naturellement une place dans l'aide à la décision. Cependant, cette situation suscite certaines tensions entre les connaissances académiques et les besoins pratiques, les délais nécessaires, les lieux et objets d'investigation, les diverses finalités et les différents exercices de la discipline. Les réponses à ces paradoxes doivent conduire à la mise en place de nouvelles formes de professionnalisation. L'ouvrage propose un état des lieux qui ouvre la voie à de nouvelles enquêtes et contribue à préciser les tâches qui s'imposent aujourd'hui à l'anthropologie.

  • Excellence, qualité, proactivité, autodiagnostic, normalisation, processus, juste-à-temps, zéro défaut, bonnes pratiques, équipe projet, kaizen. Cette déferlante de mots aux consonances parfois américano-japonaises a marqué les entreprises depuis les années 1990, avant de se diffuser dans les autres types d'organisation.
    D'où vient ce discours ? Par quels moyens pénètre-t-il dans l'entreprise ? Comment expliquer son succès, sa généralisation, sa diffusion ? Les salariés, principaux destinataires, le comprennent-ils ? En quoi change-t-il les rapports au travail et à l'entreprise oe
    Présentés dans une abondante littérature et par des experts (consultants) comme efficaces, rationnels voire inexorables, le discours managérial - ainsi que les pratiques qui lui sont associées - devraient a priori concilier enfin les intérêts des salariés et ceux de leur hiérarchie.
    Or, l'enquête ethnologique, menée par l'auteur pendant plusieurs années dans une agence de communication parisienne, contredit la réussite de cette métamorphose du monde du travail. L'analyse de la collecte des propos des managers et des réactions de leurs subordonnés révèle que le pouvoir de ce discours réside précisément dans sa capacité à rester incompris et son autorité dans celle d'imposer sa supériorité statutaire.

  • L'Église Universelle du Royaume de Dieu, une célèbre église néo-évangélique d'origine brésilienne, s'est implantée à Dakar. Ce livre est le résultat d'un travail de terrain saisi à l'échelle micro, au plus près des acteurs.
    En se mêlant aux adeptes, l'ethnographe Fabienne Samson décrit les modalités d'insertion de cette Église dans le paysage sociologique et religieux sénégalais. Elle démonte ses stratégies, évoque son essor spectaculaire, puis son déclin progressif, dont on ne sait d'ailleurs s'il est ou non définitif.
    Le lecteur est embarqué dans les pérégrinations et les aléas d'une enquête clandestine, dans un lieu où il serait périlleux de sortir des instruments d'enregistrement (magnétophones et caméras) et où il est même délicat de montrer que l'on prend des notes.
    L'auteur se glisse dans la peau d'une fidèle mais ne se départit jamais de l'indispensable recul critique, ce qui fait que ses réflexions ne se réduisent pas à ce qui se passe dans le lieu empirique de son enquête.

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