• Pour qu'enfin cesse la vaine construction et déconstruction de châteaux en Espagne qui reposent sur le sable de nos partis pris, Frank Smith nous livre un petit vade mecum à l'usage d'une linguistique mise sur l'établi, tout près des tournevis, des marteaux et des ciseaux à bois à destination démocratique. Rédigé à l'impératif car il nous est fondamental de sortir de nos torpeurs, de nos renoncements et de nos incertitudes. (Éric Coder)

  • Gaza, d'ici-la

    Frank Smith

    Dans la juste lignée de la poésie objectiviste américaine, une poésie-témoignage qui donne à lire autrement un document officiel publié par l'ONU, sur l'opérationmilitairemenée à Gaza par le gouvernement israélien en 2008, et appelé «Opération plomb durci».
    Gaza, D'ici-là, est un texte inédit qui se concentre sur les événements qui ont eu lieu lors des interventions militaires menées à Gaza sous le nom «Opération Plomb durci», entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009. Il est fondé sur une publication de l'Onu, Rapport de la Mission d'établissement des faits sur le conflit de Gaza.
    Elaboré sous la forme d'une suite de récitatifs, dans l'esprit du travail mené par les poètes objectivistes américains, il s'agit d'un "document poétique" : «l'art narratif n'étant plus ici de nous transporter dans un "univers fictionnel" mais de rapporter dans le champ poétique une archive ouvertement ouverte, prétendument impossible à l'usage» (Christophe Hanna).
    Une telle poésie fonctionne sur l'effacement du poète, le refus de tout affect et de toute afféterie stylistique, afin de donner accès le plus objectivement possible aux faits, par le truchement de textes officiels réagencés et écrits autrement.
    Une autre façon de rendre l'information aux lecteurs.

  • S'il y en a qui ne mâchent pas leurs mots, Frank Smith, lui, est plutôt du genre à bien les mâcher. La langue poétique est pour lui tout le contraire du langage de la vie courante, dans ce monde du prêt-à-parler où les mots sont déjà mâchés, prêts à transmettre un message dans un réseau de significations fixées d'avance, où les réponses succèdent aux questions, les certitudes aux certitudes. Il ne s'agit pas de rompre avec les mots du monde, mais comme le préconisait Mallarmé, son aîné manifeste, de « donner un sens plus pur aux mots de la tribu », de se saisir du langage de tous les jours pour le restituer autrement, de composer avec lui, au double sens du terme : s'en accommoder et lui donner une autre forme. La langue est ressassée, remâchée, mais toujours insensiblement déplacée, translatée, donnant naissance à un rythme original. Dans ce ressassement, se catapultent expressions courantes, voire familières, syntaxe volontairement relâchée, bribes de chansons qui parlent à tout un chacun, style oral, mots en anglais, scansion revendicative qui n'est pas sans évoquer le rap, et enfin, intriquées dans ce network, des citations non-démarquées, d'écrivains et de philosophes, en particulier Mallarmé et Foucault. Etre poète c'est, en un sens, parler une langue étrangère, devenir étranger à sa propre langue - proférer une langue qu'on se contente généralement de parler, et dans cette profération, faire sonner l'étranger, l'étrange. Frank Smith, né en 1968, est producteur à France-Culture où il coordonne l'Atelier de création radiophonique. Il a notamment publié : Pas (avec des photographies d'Anne-Marie Filaire), éditions Créaphis, 1998 ; Zigzag poésie, Formes et mouvements : l'effervescence, (en collaboration avec Christophe Fauchon) collection Mutations ; Poé/tri, 40 voix de poésie contemporaine, éditions Autrement, 2001.

  • Français Guantanamo

    Frank Smith

    * Frank Smith est allé voir en écrivain et en poète ce que très peu de journalistes ont eu la curiosité de chercher : les interrogatoires des prisonniers de Guantánamo, ce camp hors loi de l'Amérique de Bush, mis en ligne sur un site de l'Associated Press depuis 2006.L'auteur s'est saisi de cette matière pour restituer la dramaturgie parfois absurde de l'interrogatoire où l'enquêteur présuppose à chaque fois la culpabilité de celui qu'il questionne.
    En élaborant ainsi cette parole cachée dans une suite de dialogues et de récitatifs, Frank Smith nous fait entendre des voix inouïes, il ouvre les yeux du lecteur sur le piège infernal d'une machine répressive échappant à tout contrôle démocratique.Ce livre est une plongée dans l'incompréhension qui semble séparer irrémédiablement deux mondes, et dans les excès ou les impasses qui animent chacune des deux parties. Ces quelques scènes donnent souvent le vertige. Leur factualité et la neutralité de leur ton les rendent d'autant plus aigües à notre conscience.

  • Français Surplis

    Frank Smith

    Surplis est un livre né d'investigations littéraires et poétiques au cours d'une résidence d'un an au Domaine de Chamarande (Essonne). Frank Smith a composé un livre à partir d'un travail sur la collection de cartes postales des archives du département autour des infi nis possibilités de « Je pense à toi ». Grâce à un concours proposé aux étudiants de l'École Estienne, son projet est devenu une création graphique tout a fait originale. Le livre « créé » par Julie Pata, reprend de façon singulière les critères classiques de la composition du livre tout en détournant les normes de mise en page et en volume...
    Ce livre est donc un objet plastique, graphique, poétique unique.

  • La répétition du terme "je pense à toi" agit comme un déclic, un irresistible élan, qui permet d'écrire à l'être que l'on aime. L'aveu devient témoignage et tendre ritournelle aux travers de phrases-souvenirs, pensées et regards furtifs. Une déclaration d'amour à la recherche de l'autre soi-même.
    De quoi s'agit-il ? C'est comme un jeu de construction, un rappel à l'ordre, un geste social, cela ne va pas de soi, marelle de pensées, précipitation de désirs, lente conspiration, chercher je ne sais pas quoi, une ritournelle de la voix aimable, des bouts de pensées, au pluriel & en minuscules, insolentes ou tendres, fixées comme des jalons parmi d'autres, des échos incertains & tourmentés, un état de lutte, chaque fois un extrait (substrat) de destin minuscule & différent, une panoplie d'avenirs possibles, un adoucissant, un signe particulier, un fait d'âme, une fête, ni plus ni moins.

  • Français Eureka

    Frank Smith

    • Dasein
    • 8 January 2015

    "Eureka est l'édition d'un film éponyme de Frank Smith.

    Dans un format journal, les 48 plans du film sont reproduits et, pour chacun d'eux, chaque e´ve´nement traversant le cadre est fide`lement reconstitue´ par une suite de photogrammes.

    «Eureka est le nom d'une petite ville situe´e sur la co^te Californienne. C'est e´galement le titre du court-me´trage qui y a e´te´ re´alise´ en 2009 [...] Sa particularite´ re´side dans le de´veloppement d'un re´cit sous la forme de sous-titres prenant place au sein d'images muettes [...] Un livre est un film. Un livre est toujours ouvert, me^me quand il est ferme´. Un film est un livre, donc ouvert. «Ou` le film dirait qu'il est a` lire, et ou` ce qui serait donne´ a` lire ne serait plus des significations mais des rapports, des liens entre diffe´rents objets.» (Jean-Marie Straub) [...] Eureka, lieu de cette transformation, voudrait dire cela : rien n'est moins su^r ni important que d'avoir cherche´...» " [Franck Smith] Eureka (30') avec Aurore Cle´ment, Tche´ky Karyo, Michael Lonsdale, Victoria Ambrosini & Olivier Steiner; image son et montage Arnold Pasquier, Les films du Zigzag, Paris, 2009.

  • « Frank Smith écrit. Et dessine aussi. Julien Serve dessine. Et écrit aussi. Tous deux sont constamment inspirés par le monde, par ce qui s'écrit en continu sur lui, par l'information.
    Pour parler est né de leur rencontre.
    Frank Smith a écrit 115 sonnets. Il voulait s'attaquer à cette forme, une forme fixée, très précise, et la revisiter, la déconstruire, la détourner. Se contraindre soi-même. Voir comment il pouvait faire des « anti-sonnets », sans rimes, sans la dimension lyrique, sans faire appel aux sentiments, mais en creusant des questions dans cette forme très fixée, très précise : qu'est-ce que c'est que parler, comment peut-on dire ? Dans ce recueil, le vent du lyrisme classique est remplacé par une tempête de questionnements ; l'expression d'un moi tourmenté par la révélation que la pensée n'existe qu'à travers les mots ; l'effusion par la grammaire, la sublimation des sentiments par une opération chimique pratiquée au cutter sur les brèches et les failles ; la musique par la simplification et Schubert par Feldman.
    Julien Serve se découvre fasciné par « la capacité de Frank Smith à se saisir d'une réalité au travers du vocabulaire, du langage qu'elle produit. La rejouer, l'amener à un point de lisibilité plus pertinent, plus sensible. J'ai eu envie de lui voler ses écrits. Mais je me suis fais attraper. » Et Julien Serve se met à dessiner, « sur » les sonnets, ou plutôt autour. Plutôt que de parler des sonnets, il dessine. Et pour Serve, la main produit de la pensée. Sa pensée est dans le geste. L'écriture comme le dessin lui semblent des exercices d'équilibriste au dessus du vide.
    Mais ce qui lie peut-être le plus intimement Julien Serve et Frank Smith, c'est que tous deux, qui par le dessin, qui par les mots, cherchent à reformuler une réalité non admissible.
    « Je ne voulais pas, écrit Julien Serve, illustrer les sonnets de Frank Smith. Je voulais être en immersion totale. Me perdre dans leurs structures éclatées. Perdre le sonnet. Que les sonnets se lisent sans discontinuer me permettaient de perdre prise. L'imprévu devenait alors envisageable. Je me suis donc contraint à ce dispositif avec des règles simples et strictes : 24 heures de dessins en direct à la lecture d'une voix numérique. » Le nombre de dessins est le résultat de la durée du dispositif mis en place ; il n'y a pas de dessin A pour un sonnet A, ni de nombre de dessins par sonnets.
    Pour le livre, il y a lieu d'inventer une nouvelle forme. Les sonnets et les dessins, les dessins et les sonnets, oui, mais comment ? Il s'agira d'injecter les dessins dans les sonnets, de fondre textes et images pour échapper à la formule texte/illustration et créer la parfaite co-errance/cohérence que nécessite tout travail en duo. » (Barbara Polla, écrivain-galeriste).
    Par un habile et original façonnage, textes et dessins sont mêlés, feuille par feuille, dans une superposition transparente, formant des « collisions » et des fusions, qui incite à une lecture aléatoire et diverse, de gauche à droite, de droite à gauche, à l'endroit, à l'envers.

  • Il y a dans ce dispositif poétique et politique les affects, les percepts et les concepts qu'il faut préférer (une action) ne pas (une morale). Cette lecture de Bartleby sera le kit mains libres de nos agencements futurs, un vade mecum pour les multitudes.

  • Un livre à quatre mains pour dire l'enjeu du corps dans la société, enjeu politique, amoureux, désir, mort et violence intimement liés.

    Quand la poésie se fait politique et inversement, un texte important qui nous rappelle la force des mots.

  • Au printemps 2015, Jean-Christophe Norman s'est rendu au Cambodge avec l'idée de reproduire sur le Mékong, les contours de l'appartement dans lequel Marguerite Duras a vécu à Paris rue Saint Benoît et que le cinéaste Benoît Jacquot lui a dessiné de mémoire. Il était alors question d'opérer une soudure dans l'espace et de faire se rejoindre l'ici et l'ailleurs, le passé et le présent. Un peu comme si ce passé était encore à venir.

    Quelques heures après son arrivée à Phnom Penh et son enregistrement au Grand Mekong Hotel le narrateur va se lancer dans l'exploration simultanée et sans limite d'une ville, de lieux qui auront été déplacés et d'un monde intérieur qui peu à peu va se dévoiler jusqu'aux abords du fantastique. Marchant parfois jour et nuit sans discontinuer, regardant le monde se faire et se défaire, réécrivant l'Ulysse de James Joyce à travers toute la ville, passant d'une rue à l'autre, d'un livre à l'autre, au fil des rencontres, il va faire l'expérience de la mise en oeuvre d'une écriture personnelle qui se laissera volontairement envahir par le hasard et par l'altérité. Invité à passer la nuit dans un bibliothèque privée, il va réécrire la fin de tous les livres qui la composent. Au cours de vastes journées, il collectera des paroles entendues ou échangées, divers documents tombés sur le sol, et les mots d'autres auteurs pour enfin produire la matière de possibles récits.

  • Isle de Jean Charles est une langue de terre située aux confins de la Louisiane. Elle est la première victime d'une érosion côtière qui ronge la région depuis des siècles, décuplée par les effets des tempêtes qui balaient régulièrement le golfe du Mexique.
    Avec elle, une communauté d'Indiens issus de trois tribus - Biloxi, Chitamacha et Choctaw - coule doucement.
    Pêcheurs de père en fils, les Indiens d'Isle de Jean Charles ont comme autre particularité de parler partiellement le français des Cajuns, descendants de Français chassés d'Acadie par les Anglais en 1755 et réfugiés en Louisiane.
    On y va. On y passe, un jour.

  • " Avec les moyens de sa modernité propre, Franck Smith gagne le périlleux pari de mettre ensemble, dans la même voix, les mots du poème solitaire et ceux de l'échange dialogué. Il convoque, pour cela, avec hardiesse et simplicité, les hommes, les femmes, les dieux et les mythes. A travers plusieurs voix, dans un théâtre de verdure ouvert sur le cosmos et sur les mille étoiles qui nous regardent, la poésie, d'une bouche à l'autre, d'un personnage à l'autre, prend corps dans l'hésitation même qui l'institue et qu'à son tour elle instaure. "

  • Créée en 2005, la Biennale d'art contemporain La Littorale est une biennale de plein air. En sont parties intégrantes le rivage, le littoral et sa promenade, le golfe de Gascogne ouvrant sur l'Océan Atlantique, le ciel.
    Pour Paul Ardenne, La Littorale s'interroge sur les tensions dont les rivages maritimes font aujourd'hui l'objet, de manière concrète comme métaphorique. Elle est envisagée comme un « théâtre de contradictions ». L'exposition met en scène des oeuvres tridimensionnelles renvoyant tant à la société heureuse que suggère l'univers balnéaire qu'à l'actualité, malheureuse celle-là, que sous-tend aujourd'hui la notion du littoral, envisagé comme frontière physique mais plus encore politique. Le site d'Anglet, de manière forte, inspire également l'idée d'un Eden écologique, dans une nature grandiose.
    La Littorale est une biennale obligatoirement ouverte, offrant de larges espaces à l'expression artistique. L'exposition est autant une offre plastique qu'une proposition scénique captivant l'esprit du spectateur et le sollicitant fortement. Pas de juxtaposition, une conversation plutôt.
    Entre beauté et politique, entre enracinement et rêverie du départ, le littoral, son estran, son hinterland offrent une matière riche à des jeux de forme et de réfl exion à même de justifi er l'intrication de l'art dans le paysage. « S'émerveiller n'est pas interdit, mais s'émerveiller avec intelligence est préférable » conclut Paul Ardenne.

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