Arts et spectacles

  • Pendant l'été 1987, Marguerite Duras et Claude Berri évoquent la possibilité d'adapter pour le cinéma L'Amant (prix Goncourt 1984) et succès « mondial ». Filmées dans les studios de Claude Berri, ces discussions ont laissé des traces du plus haut intérêt : autour de ce projet, ce sont deux conceptions du récit, de l'image, du cinéma et de la littérature qui s'affrontent - dans la douceur, l'impatience, l'incompréhension parfois.
    Parce qu'ils rendent raison très concrètement des mécanismes de la création littéraire et cinématographique, nous avons décidé de publier l'intégralité de ces échanges.
    Le texte est présenté par un entretien avec le scénariste Jérôme Beaujour, ami et collaborateur de Marguerite Duras, qui avait participé aux échanges.

  • Réaliser le portrait d'une personne nue, réelle et identifiée, a intéressé les artistes dès l'Antiquité. Pourtant, l'histoire de l'art a peu étudié ces images singulières. Cet ouvrage invite à porter un regard inédit sur ce grand oublié, aucune monographie ne lui ayant jamais été consacrée auparavant. Il propose, de manière synthétique et documentée, l'analyse des principales expressions d'un motif inattendu et fascinant, des Grecs à l'époque contemporaine.
    Quels cadres ont permis l'émergence du portrait nu ? Pourquoi l'ouverture du portrait à la chair a-t-elle bouleversé la représentation ? mais aussi, comment la sexuation du nu a-t-elle structuré le portrait ? Et quelle place, dans cet espace, pour le corps de l'artiste ? Voilà les questions soulevées dans cet essai.

  • Français Le corps exposé

    Catherine Millet

    Au moment même où peinture et sculpture parvenaient à l'abstraction la plus épurée, le corps humain surgissait dans la photographie bien sûr, mais aussi en chair et en os dans les happenings, les performances, le body art. Retour de refoulé ? Ces manifestations ont à leur tour nourri les formes d'art traditionnelles et permis de renouveler le traitement plastique de la figure humaine. Engageant l'empathie du spectateur, redéfinissant la notion de l'intime, relevant le défi de la représentation sexuelle, ces pratiques sont souvent celles qui touchent le plus profondément le public, séduit, fasciné ou choqué.
    Les articles et préfaces réunis par Catherine Millet dans cet ouvrage envisagent leur diversité à travers l'analyse d'oeuvres d'artistes connus ou moins connus, dans des domaines qui vont du dessin et de la peinture à la performance et à l'art circassien. Elle prend en compte aussi le corps réel des artistes eux-mêmes, qu'ils l'exhibent sur une scène ou dans la vie.

  • Français Habiter la couleur

    Jean-Claude Pinson

    Jean-Claude Pinson est philosophe, poète et essayiste. Il est, entre autres, l'auteur de Habiter en poète, essai sur la poésie contemporaine (Champ Vallon, 1995), L'Art après le grand art (éditions Cécile Defaut, 2005), A Piatigorsk, sur la poésie (éditions Cécile Defaut, 2008) essais dans lesquels la philosophie interroge et s'interroge sur l'art et la poésie. Poète, Jean-Claude Pinson est aussi l'auteur notamment de J'habite ici (1991), Fado (avec flocons et fantômes) (2001) et Drapeau rouge (2008) aux éditions Champ Vallon et Free jazz aux éditions Joca Seria, 2004.

  • Comme nombre de compositeurs de sa génération, Philippe Hersant a hésité à suivre les préceptes de la musique atonale, à l'heure de l'électroacoustique ou du sérialisme finissant, quand sa sensibilité l'aurait conduit à se tourner vers des oeuvres plutôt consonantes et dont l'inspiration serait à chercher, pourquoi pas, du côté de Debussy, Ravel, Dutilleux et même Britten.
    Tiraillé entre la ligne officielle d'un nouvel académisme, enseignée au Conservatoire, et la certitude, très tôt, de vouloir passer sa vie à composer, Philippe Hersant a fini par ne plus savoir, emportant ses interrogations esthétiques et ses errements personnels de la Casa Velasquez à la Villa Médicis, qui sera le lieu d'une seconde naissance - Hersant est né à Rome en 1948. Là-bas, il compose Stances, sa première oeuvre fondatrice, dans laquelle, dépassant ses incertitudes pour mieux assumer ses contradictions, il adopte, pour la première fois, un style ambigu, fait « de superpositions d'accords parfaits majeurs et mineurs », invente une tonalité neuve, oscillant entre éléments consonants et dissonants, ouvre une voie singulière dans le champ de la musique contemporaine, à contre-courant.
    Résolument tournée vers la modernité, la musique de Philippe Hersant a fini par s'imposer, au fil d'une oeuvre devenue considérable et en constante évolution, de l'opéra à la musique de film, en passant notamment par le quatuor ou le chant choral, comme l'une des plus originales et des plus profondes.
    Ce livre d'entretien avec Philippe Hersant, sobrement intitulé Portrait d'un compositeur, permet de revenir, dans un dialogue à la fois ouvert, accessible et précis, sur la trajectoire biographique et esthétique d'un des compositeurs majeurs de ces cinquante dernières années.

  • L'adaptation cinématographique des textes littéraires est souvent envisagée dans une perspective défensive ou protectionniste dans une culture où la littérature a longtemps exercé son hégémonie : transposition ou adaptation en costume, le spectateur se prononce volontiers sur le respect du texte d'origine, et sur la conformité de la vision du cinéaste avec sa propre vision.
    Nous souhaiterions proposer ici une nouvelle approche de l'adaptation cinématographique : considérant que le cinéma est un art distinct de la littérature, nous partirons de l'hypothèse que texte et film, quand même ils portent le même nom, n'appartiennent pas à la même espèce - et ne peuvent en conséquence faire l'objet d'une simple comparaison.
    Après avoir examiné les critères d'évaluation traditionnels de l'adaptation (la fidélité, l'esprit et la lettre, la construction narrative, le traitement des dialogues, la voix off, etc.), on essaiera de déplacer les lignes de confrontation pour montrer comment le cinéma, au lieu d'illustrer simplement les textes littéraires, du fait même qu'il est un moyen d'expression autonome, propose nécessairement une pensée de la littérature.
    NB : divisée en 6 chapitres, cette réflexion prend appui sur des cas particuliers, qui font l'objet d'illustrations (photogrammes extraits des films).

  • Il s'agit d'une conversation en quatre temps réalisée par des psychanalystes avec le compositeur Pascal Dusapin.
    Le principe d'un tel ouvrage était pour nous, psychanalystes, la possibilité d'apprendre sur la façon dont un compositeur majeur de sa génération parvient à transmettre de manière assez exceptionnelle ce qui préside à sa création musicale.
    En particulier, l'application du compositeur à dire, et non à expliquer, « ce quelque chose d'avant la musique », cette « part confuse, celle où nous ignorons » qu'il désigne aussi comme « l'innommable » rencontre au plus près l'objet de la psychanalyse.
    Des entretiens successifs se sont organisés, d'abord autour de la question du flux, puis du temps, de la trace et enfin de l'inconscient. À ceux-là s'ajoute une série d'études à partir de la psychanalyse, non pas pour appliquer la psychanalyse à la musique ou au travail de création mais plutôt pour mettre au travail ce que Pascal Dusapin peut apporter à celle-ci, sur la voie joycienne que Lacan emprunta pour serrer le réel en jeu dans la psychanalyse à partir de l'acte créateur lui-même.
    « Composer est un acte, un acte vivant » disait Pascal Dusapin lors de sa Leçon inaugurale au Collège de France.
    L'audace créatrice du compositeur, la distance qu'il prend par rapport au savoir déjà institué, celui de ses maîtres, cette liberté inouïe s'entend dans chacun de ces entretiens dans ce souci de maintenir une parole porteuse de nouveauté, et rencontre en ce point l'audace de Lacan qui souhaitait arracher la psychanalyse à son repli dans le sommeil de l'orthodoxie.

  • Attribué à Pascal, le Discours sur les Passions de l'amour traite essentiellement de l'amour passion, conçu à la fois comme une émanation et un dépassement de la raison, ce qui n'est pas sans recouper maints Fragments des Pensées. Il est présenté ici sous la forme de huit chapitres suivis, rendant ainsi justice au terme de " discours " inscrit dans son titre.
    Abordant l'épineuse question de la provenance d'un tel texte - qu'on considère, aujourd'hui, plutôt comme un apocryphe - la Préface, non moins que les Notes, en viennent à étudier ce Discours aussi bien dans son intertexte : les Pensées de Pascal, Les Passions de l'âme de Descartes, une brochure pirate intitulée L'amour de Jacques Lacan - que dans sa postérité : les Lettres de Julie de Lespinasse, De l'amour de Stendhal, Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes.

  • Cet essai convoque des peintres (Picasso, Bacon, Cueco), un sculpteur (Michel-Ange selon Freud), un photographe (Rebufa), des cinéastes (Eustache, Cronenberg), des poètes (Racine, Artaud, Genet, Todrani, Prigent), un mystique (Silesius) et même une fiction privée.
    Pourquoi ce bric-à-brac où le spécialiste des lettres ou des arts ne peut que perdre son latin ? Effectivement, rapportée à histoire, cette série, avec ses anciens et ses modernes, ses connus et ses moins connus, ses grands classiques et ses avant-gardistes, détonne. Sa pertinence est ailleurs. Un fil se déplie de commentaire en commentaire : mot et image sont des traitements du réel. Le bon sens prend ses aises avec l'image (du peintre.
    ) et le mot (de l'écrivain) séparés en deux champs hétérogènes - le scopique, l'écriture. Les définitions tombent image fait voir - elle montre en particulier. Le mot, lui, désigne - il est porteur d'universel. A chaque champ, ses spécialistes. Face à ces simplifications, Hervé Castanet déploie une autre direction : l'image comme le mot sont inséparables d'un point de réel, spécifié au cas par cas, mis en position de cause.
    Ce titre Entre mot et image désigne le lieu évidé de la Chose sexuelle (Ding) qui ne peut être ni dite ni montrée et qui fait choix forcé pour le peintre ou l'écrivain. A sa façon, selon son style, chaque auteur ou artiste convoqué noue, dénoue et renoue image et mot. Dans ces tissages et tressages, la lettre, écrite-lue ou peinturlurée-montrée, y fait trou réel (J. Lacan).

  • Michaël FERRIER : Né en 1967 à Strasbourg. Ancien élève de l'École Normale Supérieure, agrégé de Lettres Modernes et Docteur ès-Lettres et Arts de l'Université de la Sorbonne, Michaël Ferrier est aujourd'hui Professeur titulaire à l'Université Chuo (Tokyo, Japon), où il dirige également le groupe de Recherches " Figures de l'Étranger " et collaborateur à la revue art press (rubrique livres).
    Il est l'auteur de plusieurs articles sur la culture japonaise et a notamment dirigé le recueil de textes La Tentation de la France, la Tentation du Japon - Regards croisés (éditions Picquier, 2003 ; en japonais : Chuo Shuppansha, 2003).

    Fabrice Hyber : Né en 1961. Vit et travaille à Paris. Fabrice Hyber intervient dans des domaines extrêmement divers. Il procède par accumulations, proliférations, hybridations et opère de constants glissements entre les domaines du dessin, de la peinture, de la sculpture, de l'installation, de la vidéo mais aussi de l'entreprise et du commerce.

    Philippe Forest : est l'auteur de nombreux essais et de 4 romans parus aux éditions Gallimard : L'Enfant éternel (Prix Femina du Premier roman 1997), Toute la nuit (1999), Sarinagara (Prix décembre 2004) et Le nouvel Amour (2007).

    Bernard Marcadé est critique d'art, commissaire d'expositions indépendant et enseignant à l'Ecole Nationale d'arts de Paris-Cergy. Il est l'auteur notamment de Eloge du mauvais esprit (La Différence, 1986), Féminin-Masculin, Le sexe de l'art (Gallimard-Electa, 1995), Pierre et Gilles, l'oeuvre complet 1976-1996 (Taschen, 1997), avec Dan Cameron Il n'y a pas de second degré, remarques sur la figure de l'artiste au xxe siècle (éd. Jacqueline Chambon, 1999), Isidore Ducasse (Seghers, 2002).

  • L'Art est une notion qui n'a pas encore trouvé son concept. Serait-ce parce qu'elle échappe par principe à tout concept et qu'Il est contradictoire de le chercher ? Voilà bien une thèse qui est pour le moins étrange, et qui est encore plus étrangement répandue aujourd'hui. Tout semble avoir été fait, depuis plus d'un demi-siècle, par nombre de philosophes, de sociologues, d'historiens d'art et même d'artistes, pour annuler les tentatives de définir l'art et rendre obsolète l'idée de beauté. C'est pourquoi il n'a jamais été aussi urgent, face au caractère énigmatique et déboussolant de la création contemporaine, de voir celles-ci aboutir. Cet essai, qui n'est pas un pamphlet, propose une nouvelle définition de l'art, en osant une réponse à la question la plus répandue aujourd'hui sur l'art et ses productions actuelles : " Est-ce bien de l'art ?

  • Meredith Monk est ailleurs. Née à Lima ou à New York, la nature profonde de cette artiste atypique, tout à la fois compositrice, chanteuse, mime, dramaturge, metteuse en scène, danseuse, comédienne, toujours à l'avant-garde d'elle-même, procède à la fois du feu terrestre et du cosmos, des passions humaines et des secrets du monde, dont elle se fait la messagère.
    Très tôt, le chant, lui ouvre des horizons qu'elle devine, autant de territoires inexplorés, où l'imaginaire et le mythe, l'espace du dedans et du dehors, le passé et le présent, se rencontrent, se déploient. Guy Scarpetta parlait d'une « femme cent-voix », Daniel Caux d'« une voix qui danse », Babeth M. Van- Loo de « voix intérieure ». Qu'elle soit associée, à un instrument - piano, violon, accordéon, kazoo et tant d'autres - à un quatuor, à l'orchestre, à son ensemble, qu'elle soit démultipliée par la scénographie, le mouvement, l'image, chez Meredith Monk, la voix prime, reste le vecteur principal de son art, cherchant à établir, souvent sans un mot - pas de texte, juste le son de la voix, mélopée, borborygme, animale ou primitive - un lien intime entre deux mondes, des vérités transcendantes au spectateur/auditeur. Protéiforme, la voix de Meredith Monk, comme catalyseur de son art, se fait alors mystique.
    Ce livre d'entretien avec Meredith Monk, Une voix mystique - premier livre en français sur la compositrice américaine - montre ainsi, comment ses oeuvres et son esthétique, sans doute parmi les plus intenses et les plus puissantes de notre temps, loin du minimalisme auquel on l'associe, à tort, sont le lieu d'une expérience éminemment spirituelle.

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