Caillou Bleu

  • La quête voyageuse de Christophe Bourgeois a trouvé en Chine les conditions idéales d'une pause approfondie en des lieux propices à son désir d'approche de l'ailleurs et des hommes, à sa recherche récurrente de l'altérité. L'animation perpétuelle de ces marchés chinois où se vendent et s'échangent les « produits de l'eau » offre en effet au photographe l'opportunité de multiples rencontres avec les hommes et les femmes qui de jour comme de nuit, animent ces lieux où se déroule invariablement leur intense travail quotidien. Observateur passionné et discret, accepté en cela par ceux dont il multiplie les images, Christophe Bourgeois s'attache jour après jour à révéler la réalité des marchés aux poissons, en saisissant l'image des pêcheurs, marchands, transporteurs.. dans leurs multiples et complémentaires activités.
    S'intéressant « d'avantage aux gens qu'aux paysages » Christophe Bourgeois dévoile tout au long des ses multiples retours sur les lieux de son « étude » sa passion pour une exploration minutieuse des multiples facettes de la société humaine.
    Analyse, témoignage, transmission, caractérisent une démarche solitaire exigeante et passionnée dont nous découvrons les premières et déjà si nombreuses pages. D'autres voyages, d'autres rencontres, d'autres retours encore sont annoncés.
    Christophe Bourgeois est un insatiable voyageur- observateur dont la quête ne saurait s'arrêter, tant sa volonté de poursuivre sa route « sans risquer de mordre la poussière », vers les territoires des hommes, est impérative.

  • Tous les deux ans, le Caillou bleu participe activement à la Biennale de photographie en Condroz. Cette année, Le caillou bleu édite Sweet sixteen, repris directement de son thème principal : l'adolescence. Sweet sixteen est plus qu'un simple catalogue d'exposition, puisque l'ouvrage offre une remise en contexte de quelques uns des photographes exposés, en mélangeant de la photo et du texte. Ainsi, Marie-Eve Maréchal, commissaire de la Biennale, inclut ses textes poétiques et imagés sur l'adolescence. Le caillou bleu inaugure avec Sweet Sixteen une collection de livres au format plus léger, plus intimiste aussi.
    Le livre reprend des photographies de Thomas Chable et Chantal Vey, qui se sont tous les deux vus confier une mission « spéciale » dans le cadre même de la Biennale. Thomas Chable a suivi un groupe de jeunes amis lors de leurs sorties le soir, pendant les après-midi entre amis, et nous montre la solitude des uns, les premières amours des autres. Chantal Vey fait contraster des portraits d'adolescents avec les intérieurs d'appartements, ce qui confère aux images une narration où la solitude est, la plupart du temps, évoquée.
    Thomas Chable est né en 1962 à Bruxelles et est diplômé de l'école supérieure des Beaux-arts de Liège. Photographe passionné, Thomas Chable s'intéresse à de sujets multiples qui le plongent autant dans les sites abandonnés de la province de Liège qu'à l'autre bout du monde, que soit en Afrique, à Istambul, à Sumatra, etc. Ses travaux posent la question de l'identité, au travers de reportages sur les populations itinérantes ou autochtones. En 2003 paraît l'ouvrage Les brûleurs qui connaît un grand succès de librairie.
    Chantal Vey, d'origine française, naît en 1970. Photographe depuis un peu plus d'une dizaine d'années, elle s'installe à Bruxelles en 2007 après avoir parcouru le monde au travers de nombreux voyages, qui auront duré dix ans.
    Http://www.chantalvey.be

  • « Dès que je suis arrivé à Bruxelles, j'ai beaucoup marché de droite à gauche, à la manière d'un chat errant pour découvrir ce nouveau territoire. Régulièrement, je prenais le tram, le bus, le métro au hasard et j'allais jusqu'au terminus, jusqu'au bout de la ville, pour découvrir le contour de la ville où j'avais décidé d'habiter.
    La continuité dans mon travail, ce qui revient toujours, c'est le questionnement sur l'espace. Ce qui m'intéresse, ce sont les espaces libres, c'est à dire ceux qui ne sont pas destinés à quelque chose de précis, des espaces de plus en plus limités. Les images que j'en fais me rappellent naturellement quelque chose de mon environnement au Japon.
    Je suis né dans une « ville de campagne », à la périphérie de Takasaki, où la nature était domestiquée.
    Enfant, je construisais des cabanes en carton sur des espaces libres où on s'amusait le long d'un canal. C'est probablement parce que ce genre d'espaces disparaît aujourd'hui que je m'y intéresse en les photographiant.
    Mes motivations sont d'ordre personnel plus que politique ou topographique ; c'est plus l'expression d'un besoin de liberté intérieure. Le point de vue visuel est surtout un point de vue personnel : il montre comment tu conçois, tu regardes, tu penses, tu vis les choses qui sont importantes. »

  • « Longtemps je me suis intéressée aux rites de passage, à l'adolescence chez les jeunes filles, sacralisées le temps d'une fête : Sweet sixteen aux Etats Unis, Quinceanera à Cuba nouvelles " proms " en Russie...
    Pendant ce temps ma fille quittait doucement l'enfance.
    L'évidence m'est alors apparue de photographier non plus les rites de passage socialement orchestrés, mais plutôt la face cachée de cet état de transition, ses jeux secrets, son intériorité et ses silences.
    S'est alors révélé un conte photographique, la fin de l'enfance de ma fille Sasha, dans lequel se devine la mienne en filigrane.
    Dans ce conte se jouent et se rejouent ennui, terreurs et enchantements.
    " L'adolescence est un royaume d'anges déchus ou sur le point de l'être, mais c'est pourtant un royaume... " a dit James Agee.
    Sasha est ma vision depuis le seuil de ce royaume. »

  • Look at that young person I used to be. I am living now what an unknown future for her. What has happened, what has changed ? The apartments, the boyfriends ; the face has grown older. The asthetics of my photography have nevertheless, remained the same.
    Surprising to realise though, that all of a sudden I'm no longer the youngest one in group shows. At my age my parents were already dead. My health degrades, like for many friends of my age. Some have passed away. I guess it's all these morbid thoughts that led into the idea of this book. I didn't want it to be "just the fourth monograph". It's important to juxtapose images of different times for comparison, investigating age, questionning what we are at a certain moment, where do I see myself now.
    I wish to show the time warp from 1996 to 2011, to show the line that continues through the work, and to look at the young Elina with a certain amusement, yet tenderly.

  • Après tout

    Amaury Da Cunha

    Après tout marque un tournant dans l'oeuvre d'Amaury da Cunha. Saccades sa précédente série était relativement solaire, marquée par une forme d'étonnement face au monde. Après tout se fait plus sombre et l'étonnement laisse place à la sidération. L'ombre envahit les images. La mort et le sexe se font moins allusifs. L'auteur se représente aveuglé. Un chien montre les crocs quand un rapace griffe une branche de ses serres. Pourtant, des trouées de lumière, la perspective d'une route, laissent penser que la chute peut être évitée. Ces images sont pour lui une présence d'une absolue nécessité.
    Si l'état d'esprit d'Amaury da Cunha a incontestablement évolué, demeure une pratique : images captées sur le vif ou mises en scène sont chez lui la base de narrations allusives. La volonté déictique de son travail photographique l'inscrit dans une tradition marquée par l'affirmation du statut de l'auteur et de sa subjectivité. À rebours du style documentaire qui prône son apparent effacement. Robert Frank, Arnaud Claas ou le romancier et critique Bernard Lamarche Vadel, ont incontestablement marqué sa trajectoire. Il en a hérité une attirance pour l'infra-mince et la réflexion existentielle, qui sont, pour lui comme pour eux, un moyen de caractériser le visible et tout à la fois d'exprimer un être-au-monde.
    Amaury da Cunha manifeste également une attention extrême à la littérature qui l'accompagne et le guide dans son oeuvre. « L'exigence fragmentaire » telle que la caractérisait Maurice Blanchot est pour lui le propre de la photographie. Les séquences, les agencements de ses images sont les esquisses de poèmes visuels, voire de nouvelles photographiques.
    À l'instar de cette double filiation, photographique et littéraire, la pratique d'Amaury da Cunha est dialectique :
    Situations publiques et privées se mêlent, l'autobiographie est assurément présente même si elle reste indéchiffrable au profane. Chez lui, la charge esthétique des images est une condition de leur indécidabilité.
    Rémi Coignet

  • Joan-Etorri

    Philippe Herbet

    Joan-ettorri, de Philippe Herbet, est le fruit d'un travail en résidence produit au pays Basque, des deux côtés de la frontière franco-espagnole. De Biarritz à Donostia, il fait de multiples allers-retours (joan-ettorri en basque).

    De ville en ville, le photographe découvre des paysages et des situations toutes différentes : « Aller, venir comme un pinpilinpauxa dans cette petite partie du pays basque avec tous ses contrastes entre le surf à Anglet, les mondanités de Biarritz ou de Bidart, les reflets parisiens de Saint-Jean-de-Luz, les fantômes de Pierre Loti et d'Antoine d'Abbadie à Hendaye, la rudesse du quartier de Moscou à Irun, les murs causeurs et tragiques de Pasaja, l'élégance de Donostia. » Philippe Herbet continue : « C'est un voyage où l'on n'avance pas, un récit sans progression où le point A revient sans cesse et le point B n'arrive pas nécessairement après le A. Un abécédaire désordonné. C'est une trame que je tisse, un savant tricotage de printemps, un métier sur lequel je voudrais ne pas terminer une improbable tapisserie. Une vague nostalgie s'insinue entre les fils. » Philippe Herbet est né le 20 janvier 1964 à Istanbul. Ses parents s'installent en Belgique deux ans plus tard, à Seraing dans la banlieue liégeoise alors en plein essor. Adolescent, il photographie (à l'Instamatic) et filme (en super-8) « sa » ville.
    Après une formation de comptable qui l'a profondément ennuyé, et parallèlement à un travail dans une entreprise de transport fluvio-maritime, il suit des cours de photographie à l'Institut Saint-Luc de Liège. Venu à la photographie sur le tard, presque autodidacte, il parcourt des géographies et des histoires mentales et réelles, en portraitiste au fil des rencontres, en chroniqueur de ses propres fictions, en acteur décalé de notre société, en observateur tendre et aigu de ses contemporains. Auteur de pas moins de cinq livres très personnels en quelques années encore trop souvent absent des catalogues ou des rétrospectives consacrés à « la » photographie belge, il en est pourtant l'un des représentants les plus créatifs et les plus singuliers, l'une des personnalités les plus affirmées.
    Passionné de littérature autant que d'image, il aime accompagner ses photographies de ses textes. Ses petites passions, la photographie, l'écriture, la lecture, les trains, les voyages - principalement en ex-URSS - occupent a majeure partie de son temps. Il essaye de vivre le plus lentement possible dans un monde qui le désespère et l'enthousiasme.
    Il expose régulièrement en Belgique, en France, en Allemagne et ailleurs. Il est représenté par la galerie Camera Obscura à Paris et par la galerie Jacques Cerami en Belgique.
    Joan-etorri est son 6e livre, il paraît aux éditions du Caillou bleu au deuxième trimestre 2010.
    Le projet Joan-ettori (allers et retours en basque), l'a conduit à sillonner la côte basque d'un côté, comme de l'autre, de la frontière franco-espagnole.

  • « Cet arbre est une explosion, il les ravale tous, et le jardin et le photographe. La photographie n'a pas de cadre, parce que l'arbre est forcément hors cadre : quand on veut un cadre, il faut en ap-porter un dans l'image. Dans l'arbre on peut même se dissimuler - sa nature tierce (souvenir de foudre, preuve de repousse ?) est déjà l'éclatement appelé de qui ici se présente, avec ses accessoi-res ou le dénuement au sens strict.
    Qui sont-ils, ceux qui viennent ici ? Ils connaissent leur hôte, et lui offrent leur confiance. Il y a dialogue en amont sur ce qu'on va construire et qu'on va jouer. L'anglais dirait to perform : jouer à travers la forme, forme qui traverse le jeu. À un moment donné, c'est la vie du photographe lui-même qui vient se jouer dans son propre dispositif : la preuve que la question l'emporte sur toute idée d'exhibition (latin habere, avoir : mettre hors ce qu'on a).
    Jouons à notre tour : ce qui est ici montré, par les sujets eux-mêmes, qu'en serait-il sans l'arbre, sur le fonds neutre d'un studio, ou dans la fausse jungle des films de Tarzan ? Qu'en serait-il si on faisait la même photographie un peu plus loin dans cette campagne de vent et d'eau, entre ville et mer, mais sans le mot habiter, et sans les murs clos du jardin qu'a bâti, au long des an-nées, le peintre-photographe ? »

  • Lauréat de la fondation HSBC en 2004 pour sa série «Au fil des jours» (publiée aux éditions Actes Sud), il poursuit avec «À contretemps » un travail d'une poésie intimiste, à la fois autobiographie familiale et journal de voyage. C'est la deuxième exposition personnelle que la galerie lui consacre.
    Construisant une oeuvre lente (cette série a été commencée il y a six ans), Patrick Taberna photographie essentiellement en voyage, et sa famille est son unique sujet, ou, du moins, elle est le fil rouge qui suscite et accompagne toute sa photographie.
    Ce besoin du voyage (pas nécessairement lointain) est une stimulation pour l'imaginaire, pour retrouver un esprit d'enfance où toute journée est riche en découvertes, où l'esprit est entièrement dédié à l'instant.
    «A contretemps»: c'est, dans un léger décalage par rapport au temps du quotidien, une photographie des sensations, ouverte au monde de l'enfance, à cet atelier des souvenirs où se forment des impressions durables.
    La simplicité est un équilibre difficile à atteindre. Patrick Taberna réussit dans sa photographie à nous faire partager ce bonheur d'un regard à la fois simple et unique.
    Bernard Plossu écrivait dans sa postface à «Au fil des jours»: «Ce que je ressens, en voyant ces images de Patrick Taberna, c'est qu'il en a besoin pour vivre...». En effet, cette photographie est essentielle car elle part d'une nécessité, celle de conserver (retrouver) cette sensation primordiale, à la fois commune et absolument personnelle, ce «Rosebud» qui nous habite plus que nous ne le pensons: le souvenir d'enfance.

  • Ontem

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    Ontem (hier en portugais), est le résultat dun travail de plusieurs années au cours desquelles André Cepeda sest intéressé à la vie des habitants de Porto, en photographiant des paysages, des intérieurs, et des portraits. Le photographe, concerné par la pauvreté et linjustice sociale, sest immiscé dans les « Îles » de Porto, de petits quartiers fermés sur eux-mêmes, où lon entre que par une seule porte, et où les gens vivent en famille et en couple dans de minuscules appartements, et où ils se partagent les communs. Là, il a réussi à sintroduire, à nouer des liens avec ces personnes souvent dépourvues despoir et sans aucune perspective encourageante. Dans ces intérieurs, lon entend le silence, qui confère aux images une intensité chargée. Des couples lui ont affirmé, au cours de longues conversations, survivre grâce aux liens damour très forts tissés entre eux ; cest peut-être là lessence du travail du photographe : vouloir exprimer ses idées par limage, en passant par la compréhension des autres, de ceux qui lentourent.





  • Le livre, d'une soixantaine de pages, tourne autour du thème de la promenade dans la campagne ensoleillée du Condroz, en Belgique (région wallonne située entre Namur et Liège), où l'attention du photographe s'est surtout portée sur les ombelles, ainsi qu'au coeur de la nature corse, que Pierre Clauss a pris pour sujet à plusieurs reprises dans ses travaux. Présences nous emmène dans des paysages à la fois bruts et brumeux où les carcasses de voitures au creux des ravins ainsi que les racines tortueuses des arbres proposent un contraste à la fois saisissant et cohérent avec la nature condruzienne. Le caillou bleu propose ici un ouvrage rafraîchissant, sur un sujet léger et osé à la fois, et qui est par ailleurs agrémenté de deux recettes de cuisine. Jacky Lecouturier nous confie sa recette de boulets sauce peket, typiquement condruzien ; Pierre Clauss, lui, convie le lecteur à la pêche aux girelles au fenouil, qui est une ombelle fréquente dans le paysage corse (prétexte aux regards croisés entre les 2 photographes du livre) et qui a ravivé les gouts culinaires de Pierre Clauss , déjà exprimés dans 3 recueils de recettes : la roquette ( l'épure), les soupes ( librio), les herbes et les fleurs (librio).

    Jacky Lecouturier est né en 1948 à Manono, a étudié la photographie à Bruxelles, et a poursuivi une carrière de professeur de photo, tout en continuant ses travaux personnels en parallèle. Ses oeuvres ont régulièrement été l'objet d'articles de critiques photos renommés en Belgique, et ses photos sont montrées dans plusieurs institutions culturelles en France, au Luxembourg, en Hollande et en Belgique.
    « Les ombelles sont des promenades prétextes à la découverte de paysages au gré des saisons et de lumières qui leurs sont propres. C'est le temps qui passe et un rappel subtil de sensations déjà perçues, souvent furtives, toujours autres. » Jacky Lecouturier.

    Pierre Clauss est né en 1963 à Blois, est diplômé d'histoire des arts à Strasbourg, où il rejoint plus tard le collectif Chambre à part, en 2003. En 2007, il participe à la création du collectif K*, en Corse. En 2009, il intègre le séminaire Reflexions Masterclass, encadré par Giorgia Fiorio et Gabriel Bauret.

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