Creaphis

  • Français Le plateau

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    • Creaphis
    • 10 September 2020

    Il y a huit millions d'années, alors que l'actuel territoire du Coiron (Ardèche) était une large vallée parcourue par une rivière, un volcan a surgi. Le magma expulsé par de nombreuses cheminées a recouvert peu à peu la vallée. L'érosion effaça ensuite les roches les plus tendres. Les sédiments marneux qui composaient les versants de la vallée furent détruits. Au cours des millions d'années qui suivirent, les couches de lave s'accumulèrent. Le plateau s'élevait, il sortait de terre comme une île. Les géologues parlent aujourd'hui de relief inversé. C'est comme si l'ancien fond de vallée avait servi de moule au plateau, ou comme si le plateau était devenu une relique de la vallée disparue.
    « Ensuite il y a le corps du pays. J'appelle paysage le corps des pays, sur le plateau du Coiron et ailleurs. Le corps du pays, volcanique et émacié, est marqué, couturé, jalonné de signes, de traces tangibles. Le pays a aussi une histoire, elle est vieille comme le monde. Géologie et généalogie ne se sépareraient pas. Ici, quelque chose a eu lieu, une histoire d'érosion et d'inversion entre calcaire et basalte, on parle joliment de relief inversé ; je lis aussi que le plateau du Coiron est l'un des bastions ultimes du Massif Central, campé à l'exacte confluence des régimes climatiques méditerranéens et continentaux. Ici donc quelque chose a eu lieu dans la nuit longue des temps ; le relief et les pierres le disent, le racontent à qui veut, et sait, le voir, le toucher, le déchiffrer de l'oeil, de la main et du pied. C'est plus ou moins spectaculaire et manifeste, entre hiéroglyphes infimes, furtifs, graphiques, qu'il faut dénicher, et chicots gris ou bourrelets mafflus, dykes et necks, falaises impérieuses, plis, fentes boisées, chemins opiniâtres, éboulis, drapés qui arrêtent le regard et interrogent. » (M.-H. Lafon) En arpentant ce paysage, le photographe Antoine Picard a observé les falaises, les roches écoulées, les murs de lave enfouis dans les fissures souterraines, les pierres affleurantes. Puis il s'est approché à la rencontre des habitants d'une des fermes du plateau. Florentin, son frère émilien et leur famille vivent là. Leurs ancêtres ont ouvert la terre, taillé les chemins à coups de dynamite, cherché les sources, débroussaillé et monté les murets de pierres noires pour clôturer des prés. Eux, nouvelle génération, habitent cette surface du Plateau et constituent la strate (humaine) la plus actuelle de son histoire.
    « Au commencement ils surgissent ; ils, les garçons, les deux ; ce sont des frères, ce sont des fils, des neveux, des petits-fils, des petits-neveux ; ils sont liés, reliés, ils ont une histoire, une famille, une généalogie. Ils ont de jeunes corps, affûtés, véloces, souples et drus. Ils ont des prénoms doux et sonores, chantants, accordés, Florentin et Emilien. » (M.-H. Lafon) Ils ont cherché les pierres du dessous qui remontent à la surface. Ils sont rentrés dans les grottes avec l'impression de rentrer dans la chair du plateau. Ils ont greffé les châtaigniers de leur grand-père. Ces motifs, géologiques ou agricoles racontent comment nous grandissons tous avec une histoire souterraine, enfouie dans notre mémoire. Ils évoquent notre faculté à nous arranger avec ce qui est là pour fabriquer autre chose, à nous nourrir de nos origines tout en assimilant ce qui est autour, à jouer d'une alternance entre le dessus et le dessous, le dissimulé et l'apparent.
    Marie-Hélène Lafon est venue plusieurs fois, a séjourné sur le Plateau, a rencontré la famille. Les photographies en tête, elle a écrit ce texte (inédit) en deux parties, mêlant fiction et histoires quotidiennes de famille (celle des ces frères ou la sienne), décrivant son expérience du paysage d'ici tout en revenant, toujours, vers le sien, à l'autre bout, le Cantal.

  • En quelques courts chapitres, Jean-Christophe Béchet et Pauline Kasprzak cernent la question de l'acte photographique sous la forme d'un dialogue philosophique. Ils interrogent la prise de vue photographique à travers trois thèmes centraux : le cadrage et la composition, le rapport à l'appareil photo et l'editing. Ce petit traité se veut également didactique, notamment grâce aux petites conclusions de Pauline qui résument ce qui a été mis en lumière dans chaque chapitre.

    Elle connaît bien le langage philosophique et découvre avec plaisir la nature concrète de l'acte photographique. Il connaît bien la photographie sous tous ses aspects et juge les approches philosophiques souvent trop éloignées de la réalité concrète du terrain.
    Pauline n'a pas vraiment connu la photo argentique.
    Jean Christophe continue à la pratiquer.
    Tous deux sont aujourd'hui plongés dans l'univers numérique.
    Ils cherchent donc, chacun depuis son point de vue, à comprendre la photographie contemporaine, aussi bien sur le plan technique qu'esthétique. Car les deux approches sont liées. Intimement. Et tous deux pensent que le passage de l'analogique au numérique n'est pas une simple évolution technique et le changement de quelques habitudes. Il s'agit d'un bouleversement radical du statut de la photo, d'autant plus difficile à cerner qu'il se cache derrière un rideau de fumée. Le numérique s'est glissé dans les habits de l'argentique, récupérant les termes valorisants et utilisant à merveille les attentes du grand public.
    Il n'est pas question ici de regretter un âge d'or ou un passé idéalisé. Mais d'interroger le présent de la photographie, dans un rapport pratique et concret. Car trop de gens écrivent sur la photo sans la pratiquer.
    Du coup, des généralités sont énoncées. Ici, le parti pris est contraire. Nous entrons dans la complexité des choses, nous la décortiquons et l'analysons. Non pas pour en tirer une théorie générale, mais pour agiter les idées et les notions. Et nous espérons aider ceux qui prennent des photos à y voir plus clair !

  • Cet ouvrage collectif aborde l'oeuvre de Chris Marker par un angle original : la photographie. Cela n'exclut bien entendu par le cinéma mais le livre aborde la spécificité de la relation que Marker entretient avec le medium photo. Soulignons que ce travail n'a jamais vraiment été entrepris : les études sur Marker sont quasi exclusivement consacrés à ses films tandis que les histoires de la photographie contemporaine font l'impasse sur cette part de l'oeuvre (en France comme à l'étranger).

    Intention générale.
    Il s'agit d'une réflexion plurielle. Difficile de le définir celui qui ne s'est jamais laissé enfermé dans aucune définition. « Homme-monde » selon Raymond Bellour, Chris Marker (1921-2012) a traversé le « court xxe siècle » des historiens et l'avènement du xxie siècle. Il n'a cessé de s'intéresser à l'histoire de son siècle. Touche-à-tout de génie, ses écrits, films, vidéos, installations et créations multimédias sont traversés par la photographie, comme par un fil d'Ariane. Ces images ont accompagné le rapport du cinéaste à son temps et aux multiples espaces parcourus aux quatre coins du monde. Il a pu ainsi, dans une attitude de partage constant et selon une posture politique et artistique qui lui étaient propres, en saisir les mutations, les révolutions et les interrogations.
    Il peut sembler paradoxal de proposer un ouvrage sur la photographie chez Chris Marker alors que son oeuvre est réputée être un tout, une sorte d'édifice dont on ne peut détacher aucun des éléments au risque de tout faire tomber... Mais précisément en prenant une partie de ce tout - sans rien ignorer de sa place dans l'ensemble - les auteurs de cet ouvrage cherchent à établir la spécificité et la relative autonomie de la photographie telle qu'un artiste visuel comme Marker - qui est également écrivain, cinéaste, musicien, graphiste, éditeur - la pratique et la manipule.
    L'intérêt d'une réflexion plurielle, avec des spécialistes et des non spécialistes, des praticiens et des philosophes, des historiens et des artistes est de « focaliser » le regard sur ces aspects précis et originaux de l'oeuvre. L'ouvrage est illustré par des images photographiques (une trentaine) de nature différentes puisées dans l'ensemble de l'oeuvre de Marker.

    Explication sur le titre.
    Chris Marker avait l'habitude de signer ses films en mettant un point entre Chris et Marker. Sans doute en raison de l'abréviation de son prénom Christian, diminué en Chris, mais aussi comme un envoi, une sorte de télégramme. D'autre part la photographie est absolument « collée » à l'oeuvre de Marker : elle en fait partie mais on peut aussi la « démarquer » et l'analyser comme oeuvre autonome. Enfin, le même mot photographie désigne ici l'objet et la pratique, c'est à la fois un nom commun et un verbe conjugué au présent.

  • Que sait-on des mondes ouvriers de la logistique ? Que sait-on des gestes multiples qui font passer chaque jour des marchandises de main en main, de machine en machine ? Dans les territoires du pé-riurbain des grandes agglomérations européennes s'active une population d'ouvrières et d'ouvriers exerçant divers métiers liés aux activités de tri, de stockage, de magasinage, de préparation de commandes, de manutention et d'acheminement. Opérations complexes, à peine visibles, où il n'entre pas moins de force que de savoir-faire, dont on mesure l'importance lorsque le moindre dysfonctionnement enraye le mécanisme des flux quotidiens et lorsque les rouages de la chaîne de production se bloquent.
    Les terrains de recherche en France et en Allemagne, à Marne-la-Vallée, Orléans, Dietzenbach (près de Francfort-sur-le-Main) et Kassel, ont été explorés par une équipe composée de sociologues et de photographes. Cette enquête originale a nourri deux régimes d'écriture : celui, scientifique, de l'analyse d'un milieu technique, économique et social et celui, esthétique et sensible, de la création sous la forme d'observatoires et d'itinéraires pho-tographiques.
    Ce livre, retraçant des rencontres et des parcours, accorde une part importante et une grande attention à la parole et aux lieux de vie des ouvrières et des ouvriers qui affirment volontiers : « on n'est pas des robots ! » Rendre visible une partie de l'uni-vers social de ces travailleuses et travailleurs, tel est le but de cet ouvrage.

  • Engagé dans un projet artistique d'envergure, le photographe Philippe Bazin propose une réflexion sur son travail à la lumière des photographies des autres. Il oriente sa pensée sur la question de la photographie comme document critique et réunit ses analyses d'oeuvres de photographes importants comme Lewis Baltz, Allan Sekula, Martha Rosler ou encore Bruno Serralongue, en les rapprochant de photographes moins connus comme Géraldine Millo ou Mahaut Lavoine.
    Les articles rassemblés dans ce court volume sous le titre Pour une photographie documentaire critique témoignent d'une pensée féconde et cohérente prenant en compte les contextes historiques, esthétiques et idéologiques dans lesquels cette photographie se crée aujourd'hui. Chaque écrit ouvre une nouvelle facette d'un même objet d'étude. La conclusion unifie l'ensemble et propose de développer une méthodologie originale que l'auteur qualifie d'« attitude documentaire » inspirée des avant-gardes artistiques et inscrit la démarche d'écriture dans sa profondeur historique et expérimentale.
    Ainsi, tout le livre se veut un manifeste prospectif pour une ouverture pragmatique, dans le sens d'une politique des images, sur l'avenir de la photographie documentaire et le monde. Chez Bazin, une distance constante est recherchée, d'avec une forme d'humanisme qui ne serait plus que de l'humanitarisme condescendant, d'avec une pure satisfaction des émotions, au profit d'un travail collaboratif aussi bien lors de la production que de l'exposition, proposant un partage du sensible pouvant réintégrer une « émotion documentaire » (selon l'expression de Christiane Vollaire). Le livre ne recule pas devant ses possibles aspects polémiques et veut créer le débat autour des rapports des images à l'espace public et d'une photographie critique comme contre pouvoir.

  • Surtsey est une île volcanique créée par des éruptions qui ont eu lieu de 1963 à 1967, située à environ 32 km au sud de la côte islandaise. Cet événement géo-volcanique révèle la personnalité géo-morphologique de l'Islande, située au milieu de l'Atlantique nord entre Europe et Amérique sur une sorte de charnière dorsale des plaques tectoniques. Plus de 100 volcans et des failles d'éruption sont actifs dans cette zone ce qui provoque des phénomènes bien connus comme les sources thermales et les geysers (mot issu de la langue islandaise).
    Protégée dès sa naissance par un consensus international et par le gouvernement, Surtsey fournit au monde un laboratoire naturel remarquable. Libre de toute présence humaine, Surtsey est un lieu unique qui permet une observation continue : la colonisation d'une nouvelle terre par la vie végétale et animale. Elle est classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 2008. Elle est interdite à l'homme depuis 1964, à l'exception des quelques expéditions annuelles conduites par les géologues, ornithologues, botanistes ou entomologistes :

    Les scientifiques ont vu l'arrivée de graines transportées par les courants marins puis par des oiseaux nicheurs, l'apparition de moisissures, de bactéries et de champignons. A suivi, en 1965, une première plante vasculaire, bientôt rejointe par d'autres. Dix espèces se sont établies pendant la première décennie. En 2004, on en dénombrait 60, avec 75 bryophytes, 71 lichens et 24 champignons. On a répertorié à ce jour 89 espèces d'oiseaux à Surtsey, dont 57 se reproduisent aussi ailleurs en Islande. Les 141 ha de l'île servent également d'habitat à 335 espèces d'invertébrés.

    Depuis sa naissance, l'île Surtsey ne cesse de rétrécir, rongée par l'océan et les vents violents qui balaient ces régions de l'Atlantique nord. Sa superficie est passée de 2,65 km2 à 1,41 km2. Sa hauteur maximale est de 173 mètres d'altitude.
    Le livre est une enquête passionnante sur cette histoire en train de se faire. Nous suivons pas à pas l'anthropologue et le photographe. Les auteurs questionnent la forme d'une île et sa capacité à produire un imaginaire en relation avec un légendaire historique et littéraire en partie « localiste » (le légendaire des « sagas islandaises » et un imaginaire scientifique et environnemental universel au coeur d'une actualité de la planète).
    Le livre Surtsey, la forme d'une île joue donc sur ces deux tableaux (avec le double sens du terme « création ») et mêle autant les récits de l'île, réels et imaginaires, que les regards scientifiques et esthétiques d'un lieu interdit aux humains. Le livre invite ainsi à une rêverie sur les lieux inhabités où l'évolution d'une terre en formation peut se lire à la fois sur le terrain (en court séjour) et en laboratoire pour l'examen, la description et l'analyse des données collectées.
    Au-delà de la dimension profondément poétique de l'île, il s'agit ainsi pour les auteurs de cerner la dimension humaine et sensible d'un lieu sanctuarisé, érigé en laboratoire de la création. L'histoire humaine de ce lieu n'a jamais été écrite ni même pensée, puisqu'il s'agit d'un lieu inhabité. Pourtant, une ethnographie de l'inhabité est possible du fait tant des usages scientifiques que profanes, que des représentations portées sur l'île par les Islandais, et notamment de ceux vivant sur l'île voisine d'Heimaey.
    Plus encore, Surtsey interroge la notion d'appropriation d'une terre, aussi éphémère soit-elle, tant d'un point de vue physique que symbolique, et de sa mise en patrimoine. C'est aussi et surtout une relation au lieu dont il est question ici ; de l'île, objet de désir, de convoitises, de surprises, avec les hommes et femmes qui l'ont approchée, de près ou de loin, y compris les auteurs de ce livre.

  • Les années 1970 sont celles des transformations urbaines de Paris. Les programmes d'infrastructure et les grands travaux d'aménagement de la région parisienne sont partout engagés, au centre et autour, tant par la construction du boulevard périphérique que de l'extension du réseau ferré (métro et RER). Toute la ville est en chantier.
    Belleville est un territoire parisien bien identifié, l'un de ces quartiers au capital historique fort, marqué par les luttes sociales et ouvrières. Village annexé à Paris en 1860, composé en grande partie d'anciens faubourgs industrieux et quasi ruraux, Belleville offre une configuration urbaine particulière faite de maisons individuelles, d'habitat ouvrier et d'immeubles de rapport dans un parcellaire parsemé d'anciennes villégiatures. Le classement en îlots insalubres d'une grande partie de son territoire justifie des opérations de démolition et de rénovation intervenues dans les années 1970, souvent de manière assez radicale et violente.
    Les photographies de François-Xavier Bouchart, réalisées dans ce quartier entre 1968 et 1975 témoignent de cette métamorphose. Elles illustrent la vie du quartier à travers les commerces, les cafés, les rues et passages et les terrains vagues, royaume des enfants. Ces photos, très connues des amoureux de Belleville, font souvent l'objet d'expositions in situ.
    Françoise Morier, qui a beaucoup enquêté sur la mémoire de Belleville, a travaillé avec François-Xavier Bouchart au Parc de la Villette. Son texte accompagne cette série d'images en la replaçant dans son époque et son espace, en faisant la part du mythe et des réalités.

  • Le mot « coupes » revêt toutes sortes de sens dans plusieurs domaines du monde industriel et de la vie quotidienne ; la coiffure, la couture, mais aussi le cinéma, l'architecture, la photographie... à la campagne, il évoque aussi bien l'essartage que les moissons, le bois comme le foin ou les céréales. Ainsi, la ferme du lieu-dit « Les Coupes de Pouligny » (Montigny-sur-Canne, dans la Nièvre), trouve facilement son origine. Coupe est enfin le nom d'une constellation : c'est de cette constellation paysanne et agricole d'aujourd'hui qu'il est question dans cet ouvrage, celle de la famille Martin.
    L'ouvrage documente la vie quotidienne de cette famille d'agriculteurs français en 2015, partagés entre monde moderne conditionné par la technologie et tradition de longue durée. Les machines sont partout, mais on « soigne » et on tue encore les animaux selon des gestes appris et acquis de longue date. Cette transmission se poursuit même si elle est menacée de disparition. Les gestes et le corps des humains sont en harmonie avec le corps des bêtes. Ces mouvements s'inscrivent dans un espace et un temps de travail et de vie. Ils sont d'une grande beauté dont témoignent les photographies.
    Le livre, conçu à l'initiative du photographe Philippe Bazin (avec la complicité de la philosophe Christiane Vollaire), est le résultat d'une approche à la fois photographique, ethnologique et littéraire d'un lieu unique, une exploitation agricole familiale (élevage et cultures) en Bourgogne. Il relève à la fois d'une enquête dont le dispositif laisse la place à la prise de parole et d'un travail photographique documentaire.
    A la suite de la présentation des images sur place, Muriel Martin, fille aînée de la famille, a écrit de manière spontanée un texte. Il s'agit de son premier écrit publié, qui se situe entre témoignage et engagement et contient une indéniable dimension sociologique et littéraire. C'est l'expression d'une voix qui vient du terrain, de ceux qui, habituellement, ne prennent pas la parole.
    L'autre texte, en ouverture du livre, est un inédit de la romancière Marie-Hélène Lafon qui, ayant séjourné dans ce lieu, propose une « entrée » dans ce corps de ferme.
    L'ouvrage installe un lien sensible entre paroles et images, sans rien perdre de la rigueur éthique et esthétique des travaux de Philippe Bazin. Il constitue une monographie exemplaire de ce micro monde de la vie rurale, qui fait écho à d'autres portraits d'exploitation agricole comme la ferme du Garet de Raymond Depardon.

  • Ce livre réunit 27 portraits photographiques, et retranscrit en miroir les paroles de travailleurs résidant en foyer à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine.
    Cet ouvrage, qui tient dans une main, et qui passe facilement de main en main, est une forme de « passe ports », puisqu'il est approximativement au format des « papiers ». Il s'agit d'une sorte de carnet de mémoire, avec des récits relatant les aléas du travail et de la vie quotidienne, mémoire à transmettre car ce foyer de travailleurs sera détruit puis reconstruit. Attaché plus aux personnes qu'à la description et à l'inventaire des lieux avant mutation, le photographe a associé la prise de vue à la prise de parole.Le choix de réaliser un ouvrage de petit format, mais de très belle facture, est un hommage à ces travailleurs venus de loin.

  • Dans cette suite en noir et blanc, Sylvain Demange explore les coulisses du plus grand cirque amateur de France, le Cadets' Circus, créé en 1927 à Étréchy (Essonne). Derrière le rideau, le photographe a choisi l'envers du décor pour saisir l'intimité et le quotidien des entraînements et des répétitions jusqu'à la tension qui précède le spectacle. Les images donnent à voir, de la salle au chapiteau, la volonté au sein de cette « école de la vie » de partager, d'apprendre et de transmettre. Le livre documente par un point de vue d'auteur une pratique amateur largement partagée dans la société.
    Dès que le mot « cirque » est prononcé les images affluent. Trapèze et funambule, clowns et dompteurs, magiciens et phénomènes... Souvenirs teintés de mélancolie où se mêlent larmes et fous rires, admiration et ébahissements, illusions et doutes.
    La force de l'amateur tient à sa disponibilité, à son bénévolat, à son aptitude à inventer le quotidien. La planète amateur - à l'abri des regards et encore peu explorée - est habitée par des détenteurs de savoirs et de créations de toutes sortes. Leurs productions et les passions qui les animent prennent souvent à contrepied le terme péjoratif d'amateurisme. Production technique, sociale et culturelle, les faits amateurs sont toujours construits d'un savant mélange d'expérience et d'expertise. Entre sport, art et loisir, une école de cirque amateur est un terrain privilégié d'observation.
    S'agissant du Cadets' Circus, l'émotion que procurent les moments du spectacle où le tour de force, l'illusion et la magie sont souverains est à la mesure de l'exigence, de la persévérance et de la volonté d'une communauté qui n'a d'autre ambition que de partager en toute convivialité le goût de la piste et des étoiles.

  • L'ombre nue propose plusieurs séries de photographies d'Aurore de Sousa. Objets usuels, miroirs, meubles, albums anciens, sont autant de fragments et d'indices, d'histoires de vie réelles ou rêvées, cousues entre elles par des fils ténus et presque invisibles. Cette fresque monochrome est traitée dans des tons nuancés et vibrants d'une grande douceur. Les textes de Marcel Cohen voisinent cet univers sans jamais l'envahir. Ils suggèrent, sans recourir au romanesque, différents usages de la mémoire. Témoignage, souvenir, anecdote, comptage, récit d'événement, deviennent les objets de narrations inscrites dans la trame de l'histoire. L'insularité et la contingence de ces " faits " photographiques et littéraires forment un ensemble que le lecteur s'approprie, non sans un certain trouble de pensée.

  • Septembre 2013 marque le quarantième anniversaire du coup d'Etat militaire de Pinochet au Chili et de la chute du président Allende. Beaucoup de Chiliens, fuyant la répression, se sont alors réfugiés en France où ils se sont implantés.
    En 2003, au moment du 30ème anniversaire du coup d'Etat.Eric Facon réalise la série Hijos del exilio. Il a rencontré ces fils et filles d'exilés à Paris et à Santiago, où la moitié d'entre eux était retournée. Ce travail a été exposé au Mercato Centrale di Roma dans le cadre du Festival Internazionale di Roma en 2003, puis la même année au Museo de Arte Contemporaneo à Santiago du Chili. Ces 25 photographies ont été acquises, en 2009, par la Cité Internationale de l'Histoire de l'Immigration à Paris.
    Dix ans après, que sont-ils devenus ? Créaphis a le projet de publier ces photos dans la petite collection Format passeport. Le photographe a retrouvé ces enfants d'exilés et de nouveau recueilli leurs récits.
    Ce projet d'édition se situe dans une continuité et une logique éditoriales. Eric Facon appartient au collectif de photographes Le bar Floréal.photographie, dont plusieurs ont été publiés par Créaphis, notamment : Le bar Floréal.photographie (collectif), J'ai commencé à travailler, Oubliés de guerre, Tanger, côté mer, Paris/carnet périphérique et Merci aux travailleurs venus de loin (Olivier Pasquiers), Africaine (André Lejarre), Vague de Jazz (Caroline Pottier), Berlin (Alex Jordan). D'autre part, ce serait là le deuxième opus de la collection Format passeport. Cette collection rassemble des ouvrages de petit format, (106 x 150 à la française), mais de très belle facture avec une couverture à angles arrondis, contrecollée sur skinplast façon cuir, un titre marqué à chaud en lettres argentées sur la première de couverture et le dos, et des photographies imprimés en bichromie.

  • Ce livre présente un monde de l'entre-deux, en partie en voie de décomposition, en proie à la rouille, à l'érosion, aux herbes folles et à la ruine. Un monde voué à l'oubli. Les stigmates de cette disparition, de ces fermetures et de ce vaste délabrement génèrent d'étranges assemblages et une inquiétante scénographie de l'insolite. D'autant plus que ce monde n'est pas mort : la vie demeure partout avec la poussée d'une végétation exubérante.
    Le parti pris photographique repose sur une vision à hauteur d'oeil, une unité focale, le choix de la couleur franche et une faible profondeur de champ qui enveloppe les objets dans le flou.
    Le texte de Pierre Bergounioux, réflexion sur l'accélération de l'histoire (" ...une vie d'homme englobe plusieurs périodes, s'inscrit dans deux ou trois mondes ... "), conserve son autonomie par rapport aux images sans pour autant s'en départir.

  • Le livre est composé d'un texte littéraire et de 9 photographies. Texte et
    photos se répondent, mais le texte n'est pas un écrit sur les photos et les
    photos ne sont pas une illustration du texte. Michel Séonnet traduit une parole
    recueillie au cours de rencontres faites au Maroc. La dimension poétique est
    dans le rythme et le chant. Hanté par les questions de filiation, l'auteur
    traite autant d'une cruciale actualité que d'une tragédie universelle : le
    sentiment de la disparition (ici par la noyade en mer des Marocains tentant de
    rejoindre la côte européenne), de la perte des liens familiaux, de la rupture
    avec les ancêtres. Mêlant les  ``faits'' (avec des détails objectifs), aux cris
    de plusieurs personnages, Michel Séonnet compose des tableaux extrêmement
    poignants de récitants. Ce texte est suivi de 9 photographies d'Olivier
    Pasquiers. Il a souvent travaillé avec Michel Séonnet et a rapporté du Maroc
    quelques images en résonance avec le texte, reproduites ici dans le format de
    meilleure lecture : les images en hauteur alternent avec les images en largeur,
    obligeant le lecteur à manipuler l'ouvrage comme un album. Le choix du noir et
    blanc ajoute à la tension dramatique. Cet ouvrage est publié dans la collection
    « L'animal fabuleux », collection de littérature et images qui associe un
    écrivain à un créateur d'images (photo, dessin, estampes, peinture, vidéo).
    Plusieurs titres appartiennent déjà à cette collection : Quelque chose
    continue, Fabienne Barre et Jean-Marie Gleize, 2006 ; Où le songe demeure,
    Lionel Bourg (en coédition avec la FILL), 2007 ; Le cas de le dire, Frank
    Smith, 2007 ; L'ombre nue, Marcel Cohen et Aurore de Sousa, 2008 ; Saurais-je
    me souvenir de tout ?, Raymond Escomel et Ahmed Kalouaz, 2009. Michel Séonnet
    est né à Nice en 1953. Il a longtemps accompagné le travail d'Armand Gatti dont
    il a publié et préfacé les oeuvres aux éditions Verdier. Il a mené des actions
    publiques d'écriture et de création dans de nombreuses villes et
    particulièrement avec des personnes en difficulté. Il a publié plusieurs
    romans aux éditions Verdier et aux éditions Gallimard, ainsi que des essais et
    des albums jeunesse. A noter : aux éditions Gallimard, La marque du père,
    collection « L'un et l'autre », 2007 Olivier Pasquiers, né en 1960 à Paris,
    fait partie du collectif de photographes « Le bar Floréal ». Nombreuses
    expositions personnelles et participation à des expositions collectives avec
    les autres membres du bar Floréal, ou avec diverses associations. Collaboration
    à de nombreuses publications, dont beaucoup ont été réalisées avec Michel
    Séonnet. Mots clés : mer - rive d'en face - proche - passer - passeur - bateau
    - naufrage - mort - noyé

  • Le Milieu de nulle part est issu du travail commun fait, durant l'été 2008, par la philosophe Christiane Vollaire et le photographe Philippe Bazin dans dix-huit centres d'hébergement ou de rétention de réfugiés essentiellement tchétchènes en Pologne.
    Ce travail articule les exigences esthétiques et politiques de la photographie documentaire (la série Antichambres) aux exigences réflexives et relationnelles de la philosophie de terrain.

    Un livre pour affronter la violence et la question du droit Le texte est nourri des entretiens menés avec des demandeurs d'asile de tous âges et de toutes conditions. Ils disent quels dangers, quelles violences, quelle impossibilité de vivre sur leur territoire d'origine, les a poussés à la fuite, hors d'un pays devenu un Etat de non-droit, livré à des puissances maffieuses plus violentes encore que les systèmes féodaux qui les ont précédées : rackets, enlèvements, trafics d'organes ou d'êtres humains en sont le lot quotidien.
    Mais ils disent aussi, sur le pays d' " accueil ", tout ce qui transforme le séjour en une véritable course d'obstacles, un nouveau parcours du combattant. Ce parcours n'est pas seulement hérissé de barbelés physiques, mais d'obstacles symboliques, dressés par des textes juridiques absurdes, iniques, en mutation permanente, impossibles à comprendre et à maîtriser.

    Un livre pour entendre des réfugiés qui pensent leur devenir politique Ce livre ne veut en aucun cas offrir les réfugiés à la représentation victimaire dont ils sont trop souvent l'objet, au traitement humanitaire auquel on réduit trop souvent les exigences du droit. Pas plus qu'il ne veut réduire leur parole à celle d'un " témoignage " brut destiné à devenir pour d'autres un matériau de réflexion. Les personnes interrogées, quel que soit leur milieu d'origine, sont d'abord des sujets qui pensent leur propre histoire, la réfléchissent, et réfléchissent à travers elle une histoire qui est au-delà de la leur, et dans laquelle ils ont pleinement conscience de s'inscrire : celle du droit, celle d'un devenir politique.

    Un livre pour articuler philosophie et photographie Aux trois moments du texte (passé, présent, futur) répondent trois moments photographiques : celui des chambres où sont regroupées les familles, réservant à chacune ce minimum d'intimité que traduit, dans la précarité des lieux, tel choix décoratif, telle disposition des couleurs ; celui des salles communes, où l'intimité n'est plus préservée que par la verticalité des couvertures tendues ; celui enfin des lieux de rétention, univers totalement standardisé de la géométrie carcérale.
    L'esthétique radicale de la photographie documentaire vient donc ici scander en contrepoint la dynamique du texte. Ceux à qui la parole est donnée dans le texte n'apparaissent à aucun moment dans les images, qui ne présentent que les lieux. Et là où le texte opère une remontée du passé vers le futur, les images opèrent en résonance une descente des espaces encore relativement libres à ceux de l'incarcération.

    Mais le texte et les images sont animés d'une force identique, communiquée au photographe comme à la philosophe par ceux qu'ils ont rencontrés, et dont ils se sont nourris pour élaborer ce travail en commun : l'exigence documentaire, comme l'exigence philosophique, dans leur volonté de dire et de montrer, affirment, aussi loin des mensonges d'une prétendue " neutralité ", que des naïvetés d'un apitoiement émotionnel, la puissance vivifiante de la colère.

  • Entre mémoire et histoire, Belleville, Belleville est une confrontation de diverses représentations de ce quartier parisien.
    Conçu à la suite de deux expositions présentées en 1992 et 1993 à la maison de la Villette (Belleville, Belleville et Visa-villes), cet ouvrage réunit des récits de vie issus d'entretiens avec des habitants de Belleville, ainsi que des photographies (environ 150). En contrepoint se lisent des textes de synthèse écrits par des spécialistes - historien, sociologue, écrivain, compositeur -, qui développent d'autres visions urbaines.

    L'originalité de ce livre est de donner la parole à ceux qui ont vécu à Belleville. Les textes oraux recueillis et présentés sont véritablement des "oeuvres de mémoire" qui se confrontent et se confortent entre elles. Elles témoignent à la fois de l'imagination et de la réflexion sur les mutations du quartier. L'expression orale a été largement conservée afin de respecter au mieux l'authenticité de chaque récit de vie souvent énoncé avec beaucoup d'émotion.

    Fractions de mémoire du paysage, les photographies de Marcel Bovis, Robert Doisneau, Daniel Frasnay, Henri Guérard, René-Jacques, Willy Ronis, mais aussi des clichés sortant d'albums de famille, tentent de reconstituer le Belleville "mi-village mi-ville" des années 1930 à nos jours. D'autres images, contemporaines (François-Xavier Bouchart, Michel Maïofiss, Yves Jeanmougin et les photographes du bar Floréal), mettent en scène ce quartier multi-ethnique, dont la tradition d'accueil est attestée dès la fin du XIXe siècle.

  • Depuis plusieurs années, la ville au cinéma est devenue un objet d'histoire. Des ouvrages majeurs de chercheurs ont mis en évidence la place des grandes villes et des banlieues en tant que personnage dans le cinéma contemporain.
    Cet ouvrage analyse l'évolution des images filmées des grands ensembles, depuis le milieu des années 1930, moment où les prototypes en sont édifiés, jusqu'au début des années 1980 où l'on envisage leur démolition partielle. L'auteur confronte ainsi les regards filmiques du ministère (MRU, ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme), institution qui a contribué à l'édification des grands ensembles, de la télévision, média qui est né et s'est épanoui en même temps qu'eux, et du cinéma. Explorant ces trois sources - télévision, films institutionnels et cinéma - l'auteur fait l'histoire des représentations audiovisuelles des grands ensembles. L'origine des films est de nature différente : films de commande, reportages, documentaires de création, fictions.

  • Ce livre de photographie invite le lecteur à pénétrer dans l'intimité du quartier gitan de l'Esperanza, située à Berriac, dans l'agglomération de Carcassonne (Aude). Cet ouvrage s'inscrit dans un processus initié il y a plus de vingt ans, en lien avec l'association Graph-CMI, et à la demande des femmes de la communauté gitane de réaliser des photographies sur leur lieu et leur cadre de vie. Depuis fin 2013, Hortense Soichet, artiste photographe en résidence, accompagne les femmes gitanes, âgées de 17 à 58 ans, dans leur démarche et produisent ensemble des photographies, présentées dans le livre de manière indissociée.
    Ce travail de création est accompagné d'entretiens avec les habitants, d'un texte de présentation du quartier et de sa communauté, d'un texte sur le rapport photographie/sciences humaines et d'un texte à caractère ethnologique sur la culture gitane et sa place dans une région du sud de la France. Publier ces photographies relève d'enjeux multiples. C'est à la fois la volonté de conserver une trace d'un quartier particulier voué à la démolition, de faire le lien entre plusieurs générations, de témoigner de la normalité des modes de vie gitans et de l'évolution du statut des femmes en particulier, de dénoncer les clichés par le biais d'une pratique artistique, de proposer un regard de femmes et d'affirmer leur émancipation.
    Les femmes ont, par une mise en miroir de leur propre communauté, créé un discours visuel, qui relève à la fois de l'anthropologie de la vie quotidienne et de l'esthétique. La cité de l'Espérance a été construite en 1969 suite à l'incendie du bidonville de La Cavayère à Carcassonne où vivait une communauté de gitans. Située à proximité d'une centrale électrique, d'une route départementale et d'une voie ferrée, la cité de transit avait vocation à accueillir les familles avant leur relogement dans différents quartiers de Carcassonne.
    C'est la première cité créée pour les gitans en France. Aujourd'hui, le quartier est toujours en place et compte environ 350 habitants, exclusivement des gitans sédentarisés, répartis entre logements sociaux construits à la fin des années 1960 (21 logements) et constructions plus récentes ainsi que les caravanes et mobil home occupés par les enfants et petits-enfants. Les nouvelles générations le quittent peu à peu mais ce quartier reste un symbole de l'histoire de ces gitans.
    Malgré la vétusté des lieux et les nuisances de la centrale jouxtant les habitations, la communauté gitane de Berriac a recréé dans ce quartier un environnement familier où l'on passe facilement d'une maison à l'autre, où l'on rentre chez son voisin sans frapper et où les enfants grandissent tous ensemble.

  • De dimanche en dimanche, les vide-greniers se sont multipliés et généralisés partout en France et ailleurs, à la ville comme à la campagne, en banlieue comme dans les quartiers chics. Ces pratiques de vente et d'achat d'objets de « seconde main » ont considérablement augmenté depuis le début des années 1980 : brocantes, kermesses, ventes de charité « bon enfant » sont peu à peu devenus des moments de systèmes d'échanges complexes, des lieux où se joue une véritable économie parallèle. Qualifiés de « musées de plein air où se bricolent les mémoires » par Octave Debary, les vide-greniers génèrent des espaces et un temps propices à la rêverie mais aussi à l'échange de valeurs tant symboliques que pratiques. Le flâneur se laisse prendre par la nostalgie des vieux objets, le chineur recherche la bonne affaire pour compléter une collection en cours, l'étudiant ou le couple de retraités tel objet d'usage encore en état de fonctionnement. Retraçant cette histoire, qui est aussi l'histoire d'un mot, l'anthropologue Octave Debary, auteur de plusieurs ouvrages et articles de références sur ces questions, accompagne le photographe Philippe Gabel sur ce territoire éphémère, petit théâtre mobile de l'intime, des vide greniers (ici essentiellement à Paris et dans le Morvan). Cette photographie à la fois humaniste et insolite, traduisant avec tendresse la joie de s'approprier (ou se réapproprier) un peu de ce qui a disparu, n'est pas dépourvue de surréalisme Des « textes objets », dont celui très touchant du grand sociologue américain Howard S Becker qui s'est ici prêté au jeu à partir d'un objet qui lui est cher, font écho à des scènes de rue et à des portraits de chineurs qui tiennent en main leur trouvaille.

  • Ces pionniers, néo-banlieusards , inventèrent d'abord seuls, puis sous la tutelle de l'État républicain, des quartiers entièrement nouveaux. Le contexte de l'intervention de l'État est particulièrement bien situé avec l'émergence des lois Sarraut et Loucheur en 1928. L'ouvrage montre grâce à une exploration de sources inédites, les capacités de la société civile à créer son propre espace urbain. essentiel pour mieux comprendre les formes urbaines actuelles dans la périphérie des métropoles; ce livre passionnant révèle un vrai talent de l'écriture de l'histoire.

  • Ce livre rassemble 58 photographies inédites provenant d'un fonds découvert en 1980 dans une benne à gravats. Il s'agit de vues extérieures datées de 1943 du Marais, quartier emblématique de Paris. Paris en son cour géographique et dans un moment particulier de son histoire. La photographie est ici « inventée » au sens archéologique du terme, c'est-à-dire mise au jour par une découverte d'un fonds en grande partie inédit et inconnu.

    Patrice Roy, architecte, plasticien et collectionneur, enquête sur ces tirages : ils proviennent d'une commande officielle passée dès 1941 par la Ville de Paris et la préfecture de la Seine, sous contrôle de l'occupant allemand, à des photographes professionnels, Cayeux et Nobécourt. Frontalité, grand angle, perspectives redressées par bascule et décentrement du plan film, tirage sur papier mince glacé et soigneusement annoté au verso, leurs éléments constitutifs révèlent un style documentaire opératoire et fonctionnel.

    La France est à ce moment-là sous le régime de Vichy et le projet urbain est envisagé de manière radicale et autoritaire comme une opération résolument moderne, sanitaire et comme remède à l'insalubrité. Cette campagne photographique fixe l'image de ces rues parisiennes, inscrites dans des îlots déclarés insalubres et promises à la démolition, en vue d'accréditer la thèse de l'insalubrité. Il s'agit de construire l'image du quartier systématiquement pour justifier une opération de « curetage » et assainir le quartier comme pour mieux l'assassiner. La plupart des ces lieux ont disparu sous la pioche des aménageurs. En préface du livre, Isabelle Backouche, historienne spécialiste de l'histoire de Paris, donne un éclairage précis sur cet épisode de la transformation urbaine de la capitale.

    Le « Vieux Paris » est ici visité comme un inventaire avant décès, avant disparition. Ces immeubles retrouvés, ces coins de rue et ces morceaux de quartier sont comme les vestiges d'un autre monde en apparence figé mais dont les traces et les stigmates multiples offrent à qui veut les lire un renseignement très précieux sur les manières d'y habiter et d'y travailler. Les détails de leurs intérieurs, les visages et les postures de leurs occupants sont autant d'indices d'un Paris industrieux et actif dans des demeures en partie non entretenues, dans un monde de briques et de pierres, de plâtre et d'ardoise, de bois et de fer. Cet ensemble d'images constitue un document d'ensemble d'une très grande cohérence.

    Il en résulte une forme tout à fait étonnante empreinte d'une esthétique involontaire qui fait de cette série des portraits d'immeubles (selon l'expression de Patrice Roy) dont la lecture se fait à plusieurs niveaux d'approche. Il invite le lecteur à regarder attentivement les images à travers ses gloses : décrire, observer, imaginer, dénicher à la loupe des fantômes. Il propose également une histoire de chaque lieu photographié par un index précis.

    Ces photographies constituent une approche architecturale, historique et anthropologique du quartier parisien du Marais.

  • A l'occasion de la quatrième édition des Photaumnales de Beauvais, Beatrix von Conta a été invitée dans le cadre d'une résidence à travailler sur le thème de la "frontière". Parcourant la ville du centre à la périphérie, sa création coupures / reprises est constituée d'une accumulation de fragments qui crée une vision stratifiée de l'espace urbain et questionne le territoire géographique, mais aussi ses limites imaginaires, celles projetées par la photographe sur les espaces, ainsi que les frontières invisibles et métaphoriques que révèle la photographie.

  • Français Île de Pâques

    François Sagnes

    • Creaphis
    • 15 October 1988

    La beauté des photographies de François Sagnes, l'exceptionnelle qualité de leur reproduction, font de cet ouvrage l'un des plus beaux livres de photographies de ces dernières années.
    Un livre "fondateur" pour les éditions Créaphis.

  • Français Feu notre monde

    Catherine Gardone

    Si le musée peut conserver tous les objets et outils du monde, la peine, le geste, l'effort, le savoir-faire se dérobent souvent aux salles d'exposition.
    Non seulement le travail est déplacé au musée, mais encore, y aurait-il même conquis cette place, il y serait amputé de sa nature propre. A ce point, le musée a besoin d'aide, il ne peut à lui seul suffire à la tâche et toutes ses tentatives sont, quoi qu'il fasse, frappées de vanité. Ce n'est pas trop des efforts conjoints du poète, du photographe et du scientifique pour nous permettre d'accéder là.

    La rencontre s'est faite avec les verriers de Passavant-la-Rochère, les lamineurs de Syam, les faïenciers de Salins et les fondeurs de Gray. Sans emphase, sans phrases, sans complaisance, sans pittoresque, sans sanctification, mais engagement contre engagement et travail contre travail. Comme le feu transforme irréversiblement l'argile en céramique, la photographe arrache irréversiblement un fragment insignifiant et éphémère de ces mondes particuliers pour faire advenir une part de vérité révélée, éclaircie, pour toujours et pour tous.

    François Bon a appuyé ses mots aux images de Catherine Gardone pour leur donner les sonorités les plus justes. Les ethnologues nous parlent du travail du feu et de sa dimension symbolique.
    Cet ouvrage est l'aboutissement d'une démarche originale où artistes, ethnologues et ouvriers ont su se rencontrer pour nous parler.

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