Eclipse

  • Fer de lance du renouveau cinématographique tchèque dans les années 60, Miloš FORMAN rencontre très vite une véritable consécration internationale, décuplée par son exil volontaire aux États-Unis en 1969. Enracinés dans le présent de l'époque, ses premiers films (L'As de Pique, 1963 ; Les Amours d'une blonde, 1965 ; Au feu, les pompiers !, 1967) apparaissent comme autant de bouffées de fraîcheur et de jeunesse, où souffle un air de liberté contagieux qui annonce le Printemps de Prague. La suite de sa carrière est jalonnée de titres particulièrement marquants (Vol au-dessus d'un nid de coucou, 1975 ; Hair, 1979 ; Amadeus, 1984 ; Man on the Moon, 1999) et regorge d'authentiques pépites qui imposent une réévaluation urgente (Ragtime, 1981 ; Valmont, 1989 ; Les Fantômes de Goya, 2006).

    D'un film à l'autre, à Prague comme à Hollywood, l'oeuvre de Miloš FORMAN cultive le même art de la fronde, qui consiste en une série de portraits subtilement satiriques du monde et de ses bouleversements. Ce volume d'Éclipses revient sur la totalité de la filmographie du cinéaste.

  • En signant à 27 ans La Pointe-Courte (1955), Agnès VARDA s'impose comme une jeune réalisatrice soucieuse d'innovation esthétique comme d'indépendance économique. Avec ses amis de la Rive gauche (Alain Resnais, Chris. Marker, Jacques Demy) elle impose au cinéma français son tournant moderne, synchrone avec la Nouvelle Vague, quand Georges de Beauregard qui a produit Godard finance Cléo de 5 à 7 (1962).

    Basée dans la rue Daguerre, vagabondant entre les formes, les genres et les économies, Agnès Varda n'a jamais oublié qu'elle a été photographe du Festival d'Avignon et du TNP de Jean Vilar, tout en amorçant avec le tournant des années 2000, une carrière parallèle d'artiste visuelle. Elle alterne avec aisance courts (Salut les Cubains, 1963 ; Black Panthers, 1968) et longs (Le Bonheur, 1965 ; Sans toit ni loi, 1985), documentaires (Daguerréotypes, 1975 ; Mur Murs, 1982) et fictions (L'Une chante, l'autre pas, 1977 ; Documenteur, 1981), qui témoignent autant de ses engagements que des passions de toute une vie (Jacques Demy à qui elle dédie une trilogie inaugurée avec Jacquot de Nantes, 1991).

    Avec Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), Agnès Varda réinvente sa manière avec le numérique sans céder sur son sens du coq-à-l'âne poétique et de l'acuité sociale, fait des farces à l'autobiographie (Les Plages d'Agnès, 2008), et récupère la pellicule de ses films pour en faire des cabanes de cinéma.

    Le volume 66 de la revue Éclipses montre qu'Agnès Varda aura travaillé plus de six décennies à faire coïncider bonheur et cinéma.

  • Né à Téhéran en 1940, le cinéaste iranien Abbas Kiarostami a fondé en 1969 le département cinéma de l'institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes (le kanoun), pour lequel il tourne son premier court-métrage, Le Pain et la rue en 1970. Jusqu'en 1992, il signera près d'une vingtaine de films (de tous formats) pour cette institution qui sera à l'origine de la nouvelle vague iranienne. Après son premier long métrage, Le Passager (1974), il sera surtout remarqué pour sa trilogie : Où est la maison de mon ami ? (1987), Et la vie continue (1991) et Au travers des oliviers (1994), qui lui apporte une reconnaissance internationale confirmée par ses deux films suivants (Le Goût de la cerise, 1997 ; Le Vent nous emportera, 1999) L'oeuvre de ce réalisateur curieux et inventif connait ensuite un autre tournant décisif lorsqu'il découvre les petites caméras DV, qui autorisent une proximité de plus en plus grande avec le réel (ABC Africa, 2001) et notamment les personnages féminins (Ten, 2002).

    Cinéaste universel, Kiarostami est aussi fondamentalement iranien par son approche de l'art dans laquelle la connaissance consiste en un dévoilement du sens symbolique, au-delà des formes matérielles.

    Abbas Kiarostami est décédé le 4 juillet 2016 à Paris. Ce volume d'Éclipses constitue un hommage modeste mais sincère à son oeuvre immense.

  • Isao TAKAHATA est régulièrement considéré comme l'un des réalisateurs d'animation les plus hétéroclites de toute l'histoire du 7e art. Ne dessinant pas ses films, il confie cette tâche a` des collaborateurs qui, d'un projet a` l'autre, sont susceptibles de changer. Des formes rondes et colorées de ses séries télévisées des années 70 (Heidi, Marco, Anne...) au style épuré de Mes voisins les Yamada (1999) et du Conte de la princesse Kaguya (2013) en passant par les nombreuses déformations visuelles à l'oeuvre dans Pompoko (1994), la grande diversité´ graphique de son oeuvre qui en résulte permet ainsi a` Takahata de maintenir son statut de cinéaste inclassable.

    Sa volonté de s'approcher au mieux du réel par le dessin, en outre, et ainsi que le démontrent notamment Hols, prince du soleil (1968), Le Tombeau des lucioles (1988) ou Souvenirs goutte à goutte (1991), l'éloigne considérablement des standards de l'animation. Cette approche du réel n'invalide pas pour autant la possibilité´ du fantastique, de l'onirisme et de la poésie - d'ou` le recours au dessin -, qui s'invitent régulièrement dans la vie et l'habitat quotidiens des personnages, ainsi que cela arrive par exemple aux héros de Panda petit panda (1972-1973), Kié la petite peste (1981) et Gauche le violoncelliste (1982). Ces derniers voient ainsi frapper a` leur porte la possibilité d'une nouvelle histoire, de la même façon que le spectateur voit son environnement pénétré par la magie de films qu'il n'est pas près d'oublier.

  • Numéro consacré au cinéma de W. Wenders. Les contributions retracent sa carrière à travers l'analyse des oeuvres qui l'ont marquée, explorent les thèmes qui la traversent, ainsi que la multiplicité des centres d'intérêt du cinéaste (la musique, la photographie, la danse, etc.).

  • Depuis L'Amour (1990), son premier long-métrage, jusqu'à Amin (2018), en passant par Samia (2000) ou Fatima (2015), le cinéma de Philippe FAUCON accorde une place privilégiée aux personnages issus des minorités, qui atteste d'une réflexion citoyenne sur la vie de communautés bien souvent tenues en marge. Toutefois, la réalité sociale représentée dans ses films ne cède jamais à un quelconque militantisme démonstratif. Au contraire, les situations qu'il envisage sont saisies dans toute leur complexité et se développent parfois dans un réseau de paradoxes que le cinéaste n'entend surtout pas esquiver.

    Évoquant la guerre d'Algérie dans La Trahison (2005), s'intéressant très tôt à la montée du djihadisme en France avec La Désintégration (2011), filmant des homosexuels masculins et féminins (Sabine, 1992 ; Muriel fait le désespoir de ses parents, 1995 ; Les Étrangers, 1997 ; Fiertés, 2018), traitant de l'échec scolaire et de ses conséquences sur l'avenir (Grégoire peut mieux faire, 2002), le cinéma de Philippe Faucon envisage le réel non comme un état des choses mais comme un potentiel de modifications. Ce volume d'Éclipses revient sur l'essentiel de sa filmographie.

  • De «L'Enfance nue» (1968) à «Van Gogh» (1991), et de «Loulou» (1980) à «Police» (1985), en passant par «À nos amours» (1983) ou «Sous le soleil de Satan» (1987), les dix longs métrages réalisés par Maurice Pialat constituent l'une des oeuvres les plus marquantes du cinéma français de la seconde moitié du 20e siècle.

    Pialat a construit une oeuvre unique, irréductible et entière, qui ne cesse de surprendre. Ce 58ème volume de la revue Éclipses revient sur la totalité de sa filmographie.

  • Personnalité mystérieuse et souvent controversée, directeur d'acteur exigent et réputé irascible, réalisateur ambitieux et constamment inventif, Henri-Georges Clouzot a bâti l'une des oeuvres les plus singulières du cinéma français. L'une des plus marquantes également, jalonnée de plusieurs succès publics éclatants (Quai des orfèvres, Le Salaire de la peur, Les Diaboliques, La Vérité), dont la modernité formelle impressionne toujours autant.

    À une époque où l'essentiel du cinéma hexagonal se contente trop souvent d'enregistrer platement des dialogues, Clouzot, lui, pense d'abord en termes visuels et fait de la mise en scène son souci premier. Drôle d'oiseau, donc, que le père du Corbeau : bien avant que la célèbre formule d'Alexandre Astruc ne serve de crédo aux jeunes «Turcs» de la Nouvelle Vague, Clouzot explore les ressources d'une «caméra stylo» émancipée des usages et des conventions, par laquelle il impose progressivement son style, sa vision du monde (souvent très noire) ainsi qu'une signature de plus en plus affirmée et aisément identifiable.

    Auteur avant l'heure, expérimentateur inspiré et infatigable, celui que la presse surnommait (à tort) «le Hitchcock français» compte assurément parmi les plus grands cinéastes de sa génération.

  • Cinéaste visuel fasciné par les mythes, l'imaginaire et les rêves, John Boorman s'est brillamment illustré dans les genres cinématographiques les plus divers : le film noir (Le Point de non-retour, 1967), le survival (Délivrance, 1972), la science-fiction (Zardoz, 1974), le fantastique (L'Exorciste 2 : l'hérétique, 1977), la fantasy (Excalibur, 1981), le film d'aventures (La Forêt d'émeraude, 1985), le film d'espionnage (Le Tailleur de Panama, 2001).

    Mais si varié que soit le cadre des intrigues, l'action engagée relève invariablement du domaine de la quête. Chaque film de Boorman est en effet l'histoire d'un périple accompli par un héros qui, à la suite d'une série de passages et d'épreuves, se trouve changé. Comme chez Jung, dont l'influence est fondamentale, le héros symbolise l'élan évolutif, la puissance de l'esprit, et sa première victoire - parfois la seule - est celle qu'il remporte sur lui-même.

    A l'heure où John Boorman annonce lui-même que Queen and Country (2015) sera son dernier long métrage de cinéma, ce 55ème volume d'Eclipses éclaire les principales lignes de force d'une oeuvre marquante, riche et singulière.

  • De sa période allemande jusqu'à l'âge d'or du studio Universal, Douglas Sirk s'approprie les canons du mélodrame en envisageant le genre essentiellement sous l'angle de ses potentialités formelles et stylistiques. Très tôt, le cinéaste développe un goût prononcé pour les portraits de femmes meurtries, au travers desquels il ausculte les modalités de l'asservissement involontaire, les rituels sociaux et le type de comportements que ces derniers conditionnent.

    Les grands mélodrames qui constituent le sommet de la carrière de Douglas Sirk portent le genre à son plus haut degré d'accomplissement (Le Secret magnifique, Demain est un autre jour, Ecrit sur du vent, Mirage de la vie), et s'attachent à la description d'un même milieu, la classe moyenne aisée, élue comme arène et théâtre privilégiés de l'affaiblissement (voire de la remise en cause) des structures idéologiques, psychologiques et sociales les plus enracinées. Ce volume d'Eclipses revient sur l'essentiel de l'oeuvre de Douglas Sirk, au travers d'études d'ensembles et d'analyses détaillées.

  • M. Night Shyamalan a connu un énorme succès public et critique avec Sixième sens (1999). Par la suite, Incassable (2000), Signes (2002) et Le Village (2004) sont venus confirmer cette revitalisation de l'écriture scénaristique hollywoodienne, en renouvelant notamment le principe du retournement de situation finale.

    Contre la tendance postmoderne à l'éclatement structurel, Shyamalan creuse les potentialités de la forme dramatique classique, dans un agencement original d'incidents qui en déploie les enjeux et la portée. L'idée maîtresse qui cheville l'oeuvre de Shyamalan réside dans le conflit ontologique de la Lumière contre les Ténèbres, décliné à l'infini, de film en film, entre la raison et les instincts, l'être et le néant, l'ordre et le désordre.

    Le sens du récit est toujours construit comme une sournoise progression de l'Ombre, jusqu'à un acte de foi, une révélation, qui emporte la victoire finale.

    Au moment où le cinéaste se livre pour la première fois à l'exercice du « cross over » avec Glass, annoncé pour 2019, à la fois suite de Split (2017) et d'Incassable, ce volume de la revue Éclipses propose de revisiter les différents aspects, tant thématiques que stylistiques, de cette oeuvre aussi protéiforme que passionnante.

  • James GRAY a réalisé à ce jour 5 longs métrages seulement en presque 20 ans de carrière. Si l'on en juge par ses films, il est évident que le cinéaste préfère la précision à la profusion : de Little Odessa (1994) à The Immigrant (2013), en passant par The Yards (2000), La Nuit nous appartient (2007) et Two Lovers (2008), on retrouve la même épure narrative caractéristique, la même densité dramatique constamment soutenue par une mise en scène soucieuse de ses moindres effets, à la fois discrète, subtile et élégante. Autant de traits distinctifs qui ont souvent valu au cinéaste le qualificatif de « classique » ou « néoclassique », ce que l'on ne saurait contester. Mais il faut immédiatement ajouter qu'il est sans doute aujourd'hui le seul jeune réalisateur de sa génération qui puisse véritablement s'en prévaloir, là où tant d'autres se sont égarés dans les facilités d'une postmodernité à courte vue. Et cela fait toute la différence. La sienne, assurément.

    Ce 56ème volume de la revue Eclipses constitue la première monographie en français consacrée à l'oeuvre de James GRAY.

  • Parrain du Nouvel Hollywood dont il fut le véritable « nabab », Francis Ford Coppola n'a cessé, tout au long de sa carrière, de courir après une chimère inaccessible : le rêve d'un cinéma qui totaliserait absolument tous les moyens et toutes les formes d'expression dont le septième art peut et doit disposer.

    De Dementia 13 (1963) à L'Homme sans âge (2007), en passant par Apocalypse Now et la trilogie des Parrains, l'imposante filmographie de Coppola n'est autre que l'histoire - ou plutôt l'épopée - d'un idéal bien décidé à rencontrer son horizon et donc pressé d'en découdre avec le réel, sans toutefois transiger sur l'essentiel, quitte à prendre des risques démesurés, à tout perdre (y compris la raison), à brouiller les pistes et devoir ensuite constamment s'employer à tout reconstruire.

  • Qui d'autre que Gus Van Sant a su proposer, dans l'espace sclérosé du cinéma américain contemporain, autant d'hypothèses esthétiques et narratives aussi stimulantes ? En effet, malgré la notoriété acquise, malgré l'adoubement en tant qu'Auteur dès My Own Private Idaho (1991), rien ne semble pourtant jamais joué d'avance dans la carrière du cinéaste, et chacun de ses films s'avance comme un espace vierge à conquérir.

    De film en film, de Mala Noche (1985) à Paranoid Park (2007), en passant par Drugstore Cowboy (1989) ou encore Will Hunting (1997), l'itinéraire de Gus Van Sant ne cesse de déjouer les probabilités et relève davantage du « principe d'incertitude » que du plan de carrière pré-établi.

    Ce volume d'Eclipses retrace et éclaire un parcours original et singulier, qui n'a certainement pas fini d'étonner.

  • 2011 aura été « l'année Jerzy Skolimowski », qui a vu la reprise en salles de quatre de ses principaux longs métrages (dont les fameux Deep End et Travail au noir), l'édition en DVD de trois films de la période polonaise (Signes particuliers : néant, Walkover, La Barrière), une rétrospective intégrale (courts métrages inclus) au festival « Paris Cinéma », et surtout la sortie d'Essential Killing, avec Vincent Gallo, fulgurant bain de jouvence pour les yeux les plus blasés, porté par une force visuelle et un sens du cadre rien moins qu'impressionnants. Une riche actualité qui invite donc à redécouvrir la filmographie de Jerzy Skolimowski, exilé perpétuel et passager clandestin du cinéma international, dont l'oeuvre encore trop largement méconnue compte pourtant parmi les plus importantes.

    C'est en 2008, après une période d'inactivité de 15 ans, que l'auteur du Départ retrouve le chemin des écrans (et de son pays d'origine), avec Quatre nuits avec Anna, un film dont la rigueur et la profondeur réactualisent les mots que Jean-Luc Godard lui écrivait à la fin des années 60, en guise de soutien au lendemain d'une projection new-yorkaise quelque peu chahutée : à n'en pas douter, Jerzy Skolimowski est effectivement l'un des meilleurs cinéastes contemporains en activité. Ce 50ème volume de la revue Eclipses souhaite à son tour s'en faire l'écho et constitue la première monographie en français consacrée à son oeuvre.

  • Après des études de Lettres, Christopher Nolan réalise son premier long métrage, Le Suiveur (The Following, 1998) à 28 ans seulement. Ce petit film indépendant au budget très modeste, montre déjà le goût du cinéaste pour les récits non-chronologiques, qui ont fait depuis son succès, notamment Memento (2001) et Inception (2010).

    Avec sa narration à rebours et sa construction temporelle surprenante, Memento ouvre alors au cinéaste les portes de Hollywood. Il y réalise d'abord Insomnia (2002), un polar singulier produit par Steven Soderbergh et George Clooney, puis il passe aux commandes de la franchise Batman, dont il réalisera trois opus, Batman Begins (2005), The Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012). Avec Christopher Nolan, la frontière entre le Blockbuster et le film d'auteur devient assez floue, dans la mesure où il parvient à combiner la puissance de la machine hollywoodienne avec les recherches les plus pointues du cinéma moderne européen, associant la force du divertissement avec une forme d'existentialisme qui porte sur les questions du rapport entre la mémoire et l'identité, de l'emboitement du passé dans le présent et du subjectif dans la réalité. Les questions existentielles que se posent les héros de ses films, de Batman à Interstellar (2014), sont pour le moins très inhabituelles dans le cadre de ce type de productions.

    Premier livre en français consacré au cinéaste, ce volume d'Éclipses examine en détails la totalité de la filmographie de Christopher Nolan.

  • L'aptitude au débordement demeure la caractéristique première du cinéma de Martin Scorsese, comme de tous ses personnages. Qu'il se manifeste par le verbe ou par la violence physique, le « trop-plein » s'évacue invariablement dans l'apocalypse, qu'elle soit domestique (Alice n'est plus ici, Les Nerfs à vif), conjugale (Raging Bull ou Le Temps de l'innocence, sur le mode du refoulé), individuelle (Taxi Driver, La Valse des Pantins, After Hours, A Tombeau ouvert), communautaire (Gangs of New York) ou bien encore tribale (Les Affranchis, Casino).

    Infatué de lui-même, le personnage scorsesien est donc tiraillé par un profond paradoxe, hanté tout entier par l'horror vacui, la peur du vide, un paradoxe qui l'habite au plus profond et qu'il s'emploie à cacher au reste du monde.

  • Il apparaît sans nul doute que la « génération 90 » a vu naître un véritable fils prodigue : Arnaud Desplechin, qui, dès son premier long métrage (La Sentinelle, 1992), devient la figure de proue d'un cinéma d'auteur hexagonal alors foisonnant. Le cinéaste s'octroie ensuite les faveurs d'un public beaucoup plus conséquent avec Comment je me suis disputé... « Ma vie sexuelle » (1996), tout à la fois intimiste et porté par un sens du romanesque en perpétuelle expansion - formule qui deviendra la marque de fabrique du cinéaste. Dans son film suivant, Esther Kahn (2000), un film « d'époque », l'auteur reste toutefois fidèle à son sujet de prédilection : la naissance à soi et aux autres, qui se réalisent ici par l'intermédiaire de la pratique théâtrale.

    Après une parenthèse expérimentale plus aride (Léo, en jouant « Dans la compagnie des hommes » - 2003) mais tout aussi passionnante, le cinéaste revient en très grande forme avec Rois et Reine (2004), qui suit les parcours parallèles de deux anciens amants. Peuplé de fantômes et couvert de plaies laissées béantes, Rois et Reine conjugue la souffrance et la fantaisie avec un singulier sens du rythme et du contraste, qui emporte immédiatement l'adhésion.

    Avant de signer Un conte de noël (2008), qui constitue à la fois la synthèse et le sommet actuel de son oeuvre, Desplechin tourne un documentaire sur sa famille, L'Aimée (2007), dans lequel il filme son père notamment, qui vient de vendre la grande maison familiale de Roubaix.

    Cette première monographie consacrée à l'oeuvre d'Arnaud Desplechin recueille des analyses traitant de chacun de ses films, mais également des contributions plus transversales, consacrées aux thèmes et motifs récurrents, ou bien centrées sur des questions de mise en scène propres à l'auteur.

  • Depuis Seven (1995), son deuxième long-métrage, David Fincher fait figure d'auteur culte auprès du grand public et suscite l'intérêt d'une frange de plus en plus importante de cinéphiles, que la suite de sa filmographie n'a cessé d'élargir (Zodiac en 2007, L'étrange histoire de Benjamin Button en 2008).

    Dans son oeuvre déjà conséquente, la fiction repose essentiellement sur une distorsion du réel enclenchée par le désir d'un personnage : le vrai découle du faux et cet effet-miroir nous dévoile la nature trompeuse des apparences, au sein d'un monde voué à l'illusion et à la duplicité. Toutefois, la véritable énigme est d'abord humaine : elle s'incarne exemplairement en Tyler Durden dans Fight Club (1999), en Mark Zukerberg dans The Social Network (2010), ou en Lisbeth Salander dans Millenium (2011), et c'est leur opacité existentielle que le cinéaste tente de percer, par le biais d'images qui ne sont que des traces d'existence. De ce point de vue, le travail de Fincher entretient un rapport étroit avec l'oeuvre d'Orson Welles, comme en témoigne également ce geste qui consiste à revisiter et à réinvestir la forme puzzle à l'aune de son actualité numérique.

    A l'heure où l'on parle d'un remake du Vingt mille lieues sous les mers de Richard Fleischer, d'une possible adaptation du fameux comic book de Charles Burns, BlackHole, ou des deux autres épisodes de la série Millenium de Stieg Larsson, la Revue Eclipses consacre son volume 51 à David Fincher, à la fois héritier de la tradition des grands studios et ouvert sur l'avenir.

  • Bien avant que l'idée d'un « cinéma d'auteur » ne soit promue par les jeunes critiques des Cahiers du cinéma, Jean-Pierre Melville en expérimente concrètement les ressources en réalisant Le Silence de la Mer en 1947, et parvient à faire un film comme personne n'en avait jamais fait jusqu'alors : c'est-à-dire seul, sans carte professionnelle et presque sans budget. Pour cette raison notamment, il deviendra l'un des parrains de la Nouvelle Vague en marche, l'un de ses pères spirituels, bien qu'il ait par la suite marqué ses distances vis-à-vis du mouvement qui éclot à la fin des années 50.

    Ce 44ème volume de la revue Eclipses regroupe des analyses originales de tous les films de Jean-Pierre Melville, et comprend également des études plus transversales et plurielles, s'attachant à mettre en évidence les lignes de force de sa carrière hors du commun.

  • Avec True Grit (2010), Joel et Ethan Coen viennent de réaliser leur meilleur score au box-office américain, après avoir signé deux titres qui comptent parmi les plus réussis de leur carrière. Dès lors, le moment semble particulièrement opportun pour opérer une vue d'ensemble et revenir sur la filmographie prolifique et passionnante des deux frères les plus célèbres du cinéma américain contemporain.

    Affichant ouvertement une filiation avec le cinéma de l'âge d'or hollywoodien, leurs films adoptent assez fréquemment un aspect classique. Pour autant, c'est en iconoclastes qu'ils agissent, car au-delà du fait de se conformer à certains modèles génériques (le film noir, la comédie), il y a en permanence chez eux un sens aiguisé de la dérision, de l'exagération et de la satire, qui s'exercent sur la matrice originelle et la fait tendre vers une certaine modernité.

    La plupart des films des frères Coen adoptent la structure de la fable, qu'elle possède un arrière-plan mythologique au sens strict du terme comme dans O'Brother (2000) avec L'Odyssée, ou bien qu'elle soit le produit d'un effet permanent de mise en abyme des références multiples (historiques, cinématographiques, etc.) dont l'oeuvre est traversée. Mais la finalité de la fable repose sur l'énoncé de la morale finale, ou bien, en l'absence de celle-ci, sur la possibilité de pouvoir au moins la déduire de l'issue du récit. C'est bien cette question qui finit par constamment faire retour lorsque l'on s'intéresse au cinéma des frères Coen : quelle est, au bout du compte, pour ne pas dire « au bout du conte », la morale de leurs films ? C'est à l'examen de cette question, notamment, que s'emploient les différentes contributions de ce 49ème volume de la revue Eclipses.

  • De ses premiers films néerlandais dans les années 70 à sa dernière réalisation en date, Black Book (2007), en passant par des titres américains aussi sulfureux et subversifs que Basic Instinct, Showgirls ou Starship Troopers, Paul Verhoeven n'a cessé de dynamiter les échelles de valeurs, qu'elles soient morales, sociales, politiques ou économiques, toutes à ses yeux responsables de la codification des comportements et de l'instrumentalisation des aspirations individuelles sous l'emprise d'un pouvoir par essence aliénant.

    Cinéaste politique dont chaque film se gorge de l'énergie que l'individu doit dépenser pour résister à la machine destructrice du pouvoir (les médias, la défense, le spectacle, les régimes totalitaires, etc.), Paul Verhoeven est un cas passionnant dans le cinéma contemporain et curieusement peu étudié.

  • Des corps en liberté des films sauvages des débuts placés sous le signe de la Movida madrilène, aux accords plus tempérés et mesurés des amples fictions mélodramatiques récentes, la filmographie de Pedro Almodovar cultive une hétérogénéité souveraine, s'accommode avec bonheur de toutes les brisures et tisse une cohérence profonde qui n'a de cesse de solliciter et de provoquer le regard du spectateur.

    D'études de motifs en analyses de séquences richement illustrées, d'approches transversales en essais d'esthétique, le sommaire de ce volume d'Eclipses investit l'intégralité de l'oeuvre du cinéaste espagnol, sous ses aspects les plus riches et les plus n

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