Editions De Monza

  • C'est bien connu, l'enchantement que suscite Venise tient à la théâtralisation de son architecture. Tout a été conçu en cette ville pour que le visiteur entre dans un imaginaire sublimé par un décor aux confins du réel. Comment rendre compte de cette magie ? Ce fut durant plusieurs siècles l'affaire des écrivains, des poètes et des peintres. Puis vint la photographie au milieu du XIXe siècle, d'abord en noir et blanc, très vite colorisée à l'unité. Cela venait à point car, dans le même temps la Sérénissime venait de se doter d'un pont de chemin de fer qui la reliait au continent. Cette cité, joyau absolu, était désormais à la portée de toute l'Europe. Mais, quelques années plus tard, en 1888, un nouveau procédé, utilisé jusqu'alors par la peinture, permit non seulement la production des premières séries d'images en couleur mais, par sa spécificité, fut à l'origine de créations exceptionnelles qui propagèrent l'imaginaire vénitien dans le monde entier. Ce fut l'invention de la chromolithographie par la société Suisse Orell Fussli. Le principe, relativement simple, consistait à la mise en couleur des négatifs photographiques, teinte par teinte, et à la recomposition de l'ensemble selon le procédé lithographique. Cette technique ne fut utilisée que durant une vingtaine d'années, jusqu'à ce que fut mise au point la pellicule couleur. Mais ce court laps de temps vit naitre de véritables chefs d'oeuvres dont témoigne pour la première fois Rêves de Venise.

    Le résultat, présenté ici, tient de la fantasmagorie tant on voit vibrer les lieux, les monuments, les habitants du XIXe siècle dans leur quotidien, en ces temps lointains où Venise ressemblait encore au décor vivant d'une pièce de Goldoni. L'effet de ces images est étonnant, étrange, improbable, unique, mais on s'émerveille. C'est tout ce qu'attendait le public de ces photos souvenirs : qu'elles rapportent de Venise une émotion intacte, non ce qu'on en avait vu mais plutôt ce qu'on en avait rêvé.

  • Il est significatif qu'en ce milieu du XIXe siècle, la photographie soit née en même temps que l'empire Ottoman ouvrait la Terre sainte aux Occidentaux. En donnant à voir le monde tel qu'il était dans ses réalités saisies sur le vif, ce nouveau moyen révélait un pays, jusque là inaccessible, d'où émergeait, à travers les traces encore visibles qui en témoignaient, un passé latent, chargé d'histoire et porteur de sens. Ces images en couleur, riches de leur " vérité vraie ", que propose Images de Terre sainte, suscitaient une sensibilité nouvelle, plus intense que celle qui émanait jusqu'alors des gravures ou des tableaux produits par la main des artistes.

    L'ouverture du pays, conjuguée à la naissance de la photographie, va susciter un engouement considérable pour ce territoire quasiment abandonné depuis des siècles. La Terre sainte émerge soudain d'un passé enfoui au plus profond de l'inconscient collectif des Occidentaux. " Lorsque j'entrepris le voyage d'outre mer, écrit François René de Chateaubriand, Jérusalem était presque oubliée. Un siècle antireligieux ayant perdu mémoire du berceau de la religion. Comme il n'y avait plus de chevaliers, il semblait qu'il n'y eut plus de Terre sainte ".

    Ce qui importe pour les photographes n'est pas de restituer le réel tel qu'il se présente en situation mais de faire correspondre les images au schéma mental des Occidentaux tant la Terre sainte est présente dans leur imaginaire. Il s'agit de donner à voir les réminiscences des Saintes Ecritures, les lieux décrits par l'Ancien et le Nouveau Testament, de faire resurgir un passé encore vivant, comme on souffle sur des braises pour faire repartir un feu. La moindre ruine servira de matériau à cette redécouverte. Tout devient vestige, les paysages, les monuments mais aussi les personnes. Chaque Palestinien est acteur malgré lui d'une dramaturgie puisée aux tréfonds de l'histoire. On ne demande pas à la photo d'être vraie mais de " faire vrai ". La Bible est ainsi perpétuée dans ses décors supposés pour redonner vie à une Terre sainte sublimée. Certains n'hésitent pas à dire " qu'on y respire Dieu ".

    En Europe le rêve d'Orient est entretenu, voire amplifié, par ces milliers de photographies venues de Terre sainte qui se vendent à l'unité ou en album. Mais l'engouement se transforma en passion lorsque fut inventé, en 1888, par la société suisse Orell Fussli le procédé photochrome. Le principe, relativement simple, consistait à l'élaboration d'une mise en couleur des négatifs photographiques, teinte par teinte, et à la recomposition de l'ensemble selon le procédé lithographique. Cette véritable révolution, qui mariait photographie et peinture, est à l'origine d'incontestables chefs d'oeuvres.

    Images de Terre sainte présente ces vues exceptionnelles pour la première fois : 129 images inscrites dans un long parcours des principaux lieux sacrés, que l'on découvre inchangés, tels qu'ils sont décrits dans les textes les plus anciens.

  • L'ouvrage - le premier de la sorte - porte sur un genre photographique qui eut une brève mais prolifique existence entre 1860et 1890, et que nous proposons d'appeler « le cliché exotique ». Il s'agit d'images de l'ailleurs vendues sur catalogue par des photographes professionnels, essentiellement aux touristes occidentaux. Le propos de l'ouvrage relève à la fois et c'est son originalité, de l'histoire de la photographie et de la géographie culturelle : il montre comment une culture visuelle et un imaginaire géographique se constituent. L'enjeu dépasse la seule dimension historique au sens où ces images cristallisent une vision du monde dont les traces sont aujourd'hui omniprésentes, et qui est lourde de conséquences.
    L'ouvrage se fonde sur l'exploitation de la collection d'un Genevois : Alain Bertrand (1856 - 1924), qui consacra sa vie aux voyages et collecta 1568 photographies. Cette collection est exceptionnelle par la qualité et l'abondance des clichés. Elle comprend des photographies représentant 34 pays provenant de plus de 40 ateliers différents. Cette collection, léguée au musée d'ethnographie de Genève (MEG) par la veuve de Bertrand, a été mise à la disposition des auteurs. Cette collection demeure totalement inédite.
    Grace à la collection Bertrand, ce livre est le premier à offrir une présentation d'ensemble de la photographie touristique. Que ce soit au niveau du texte ou des images reproduites, cet ouvrage comble un vide bibliographique.

empty