Honore Champion

  • Jean Renoir (1894-1979) reste l'un des cinéastes les plus admirés dans le monde pour des films comme La Grande Illusion et La Règle du jeu. On oublie que sa carrière ne s'est pas limitée au cinéma et qu'elle a toujours été imprégnée par l'écriture, d'abord celle de scénarios méticuleusement façonnés. Il a aussi nourri une abondante correspondance, archivée à partir des années quarante lorsqu'elle acquiert une importance existentielle lors de l'exil aux États-Unis. Elle nous donne à lire la chronique de la création de certains films, et forme aussi une interface de divers discours. À partir des années cinquante, Renoir devient dramaturge, puis biographe de son père et enfin romancier.

  • L'association du cinéma hollywoodien et du sacré, pour n'être ni singulière ni scandaleuse, ne semble pas évidente au premier abord. Le cinéma américain possède cependant les racines religieuses de son pays. Sous des formes spectaculaires et des récits profanes, cet art dispense une vision du monde morale, repensant en des termes contemporains des motifs tels que le sacrifice, la rédemption ou la prière. Pour un cinéma passionné par l'expérimentation, la représentation du sacré fascine : quel plus grand défi que de chercher à montrer l'invisible, l'infini, l'éternel contenus en Dieu ? Les Aventures de Robin des Bois, Duel au soleil, Géant fusionnent le mythe américain et le mythe biblique. Ils partagent la recherche du Paradis perdu et d'un idéal blotti dans la Nature et une esthétique flamboyante, symbole de la grandeur divine.

  • Les peuples sans histoire sont des peuples sans avenir. Au début du XXe siècle, alors que les États-Unis prenaient conscience de leur puissance, le western cinématographique magnifia les termes de leur naissance. Cette « mytho-histoire » imprégnera durablement l'inconscient collectif américain. Mais s'il ne se fut agi que d'une affaire intérieure, ou d'un folklore, comment expliquer l'extraordinaire succès que connurent ces histoires de cow-boys et d'Indiens aux quatre coins du monde ? En vérité, sous son apparente simplicité, le western charrie une vision de Soi, des Autres et du Monde en perpétuelle négociation. Ethos, pathos, logos : rien moins que les problèmes ultimes et universels de la philosophie.

  • Hommes de théâtre dont le rôle fut majeur dans les réformes et les révolutions du théâtre au XXe siècle, Pirandello, Artaud et Brecht furent aussi séduits par le cinéma qu'ils aimèrent en spectateurs et pratiquèrent en scénaristes et critiques. Ils eurent l'ambition de passer derrière la caméra pour filmer et parfois jouer leurs scénarios. Emblématiques d'une passion unissant bon nombre d'écrivains dans l'entre-deux guerres, ils le sont aussi des bouleversements que cet art des masses industriel et mondialisé fit subir au statut des créateurs comme à leur manière d'écrire. Si le passage au cinéma parlant et le poids de l'industrie contribuèrent à les éloigner de leurs espoirs cinématographiques au tournant des années Trente, les trois auteurs ne se replièrent qu'en apparence sur le théâtre. Car même quand ils feignaient de l'ignorer, le cinéma était encore toujours là, disséminé dans leurs textes, dans leurs mises en scène et dans leurs ambitions communes de révolutionner le drame traditionnel.

  • Cette étude s'attache à caractériser l'acte de modeler un film - au sens où l'on parle de modeler l'argile -, ses conditions, ses moyens, les questions de création qui sont alors impliquées. Cet acte répond à trois ordres de difficultés que certains réalisateurs rencontrent dans leur travail : modelage des obstacles visuels (l'eau, la fumée) ; modelage des visages des actrices - il convient de stabiliser la plastique du visage - cela est illustré par les films de Bergman et de Skolimowski ; modelage des corps afin de faire apparaître leur pesanteur, entre chute et suspension - cela est illustré par John Ford et Alfred Hitchcock ; modelage des visages et du film afin de marquer le passage du temps - cela est illustré par l'actrice Vera Miles dans Le faux coupable de Hitchcock et par Le Songe de la lumière de Victor Erice.

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