Institut Universitaire Varenne

  • Le 29 juillet 1881, la loi sur la liberté de la presse marque le point de départ d'un développement sans précédent de la presse écrite en France. Un développement qui amène cette presse à jouer un rôle désormais essentiel dans la vie politique, sociale et culturelle de tous les Français. Très rapidement, la presse du Puy-de-Dôme profite de ce bouleversement institutionnel pour se développer à son tour. Parallèlement au succès des romans feuilletons, la chronique criminelle devient alors un des atouts commerciaux majeurs de cette presse écrite devenue populaire, et ce depuis le début des années 1860 et la naissance du Petit Journal. Tous les moyens sont bons pour faire voir à son lectorat. Les dépêches ne suffisent plus, il faut désormais se déplacer, enquêter, s'interroger et révéler, avec ou sans la collaboration des autorités judiciaires. En effet, la criminalité a depuis toujours suscité au sein de la population un éventail d'émotions aussi diverses que la peur, le dégoût, la curiosité, la réprobation et la fascination. En réponse à ces émotions, les révélations et les jugements d'actes criminels sont l'occasion pour la presse de multiplier les éloges ou d'émettre des critiques vis-à-vis du système politique et judiciaire, de s'inquiéter de la déchéance des valeurs morales, de s'effrayer des menaces anarchistes et des monstres tapis dans les ruelles et les champs. Plus que de simples outils d'information et de politisation, les journaux deviennent alors par le biais de leur chronique criminelle le relais des interrogations et des convictions de toute une société

  • L'objectif de cet ouvrage est de rendre compte du rapport social qui fonde le travail de représentation politique dans la presse consacrée aux espaces privés des célébrités. Il s'agit de montrer que cette mise en scène du politique par les espaces privés cherche à légitimer un certain ordre social, y compris dans un espace qui paraît à première vue éloigné des questions politiques. Ainsi, partant du postulat de l'indissociabilité entre la production et la réception de tout processus de communication, deux hypothèses sont mises en avant. La première est celle de l'entretien de l'ordre politique et social par la réitération de la hiérarchie politique dans les magazines ainsi que par une conception conservatrice de la société. La seconde est celle de la subordination du champ journalistique à l'égard du champ politique : les journalistes reproduisent les hiérarchies politiques et co-construisent une supposée grandeur du personnel politique, et ce d'autant plus que « la politique » dans cet espace est principalement comprise comme nationale et liée au pouvoir exécutif.
    Le dispositif empirique adopté - comportant un travail de recherche sur les archives des magazines féminins parus entre 1880 et 1945, une analyse de contenu des couvertures de Closer, France Dimanche, Gala, Ici Paris, Paris Match, Point de Vue, Public et Voici publiées entre 1945 et 2008, une objectivation statistique de l'espace social des pratiques culturelles des Français ainsi que plusieurs entretiens avec des journalistes - met en lumière quatre dimensions d'analyse : celle de la définition et de la délimitation de ce genre journalistique, celle de sa genèse, celle de la connaissance de ses lecteurs et, enfin, celle des évolutions du traitement journalistique des professionnels de la politique.

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