La Recherche Photographique

  • Michel Mazzoni a recours à la photographie, à l'installation vidéo, au texte, afin d'explorer des notions telles que celles du temps et de l'espace.
    Il montre, expose, installe ses territoires. Ses choix sont souvent rugueux, tant il questionne l'abandon, la désolation, tant il cherche la beauté au-delà de l'apparence. Son travail se trouve imprégné par une sensibilité qui accorde une attention aux interactions entre l'immatérialité de lumière, le point de vue, et l'exigence du cadre, tel un affrontement permanent entre des perceptions. Il suffit de voir, de prendre le temps, pourrait-on dire.
    Alors il scrute les cartes, observe les villes, sillonne les alentours, visiteur de l'effacement, et des traces disparues, il réalise en quelque sorte une archéologie de l'intangible et, interroge, à travers la lumière, bien après l'éphémère.

  • Outre son pouvoir immédiat de séduction, la photographie d'Armyde Peigner affirme sa singularité tant par le sujet, que par la manière de le traiter. Pourtant l'artiste tourne son objectif vers ses enfants et vers la nature, deux thèmes habituels, sinon récurrents du médium. Mais ses photographies relèvent d'une mise en scène dont la précision remarquable touche d'emblée le regard et soulève accessoirement la question de la spontanéité.
    Est-ce parce qu 'elle sait que le loup n'y est pas que Armyde Peigner laisse si volontiers jouer ses enfants dans les parcs, les forêts et les bois ? D'où le charme trouble, presque un brin pervers qui sourd de ces saynètes énigmatiques, sortes de rébus ludiques et spontanés. Oeuvrant à la lisière du réel, Armyde Peigner élabore avec grâce et finesse un mode poétique et mental, affectueux et sauvage, entre merveilles et menaces invisibles, où les enfants inventent leurs jeux en connivence avec la sève même des contes fées.
    Déjouant les pièges de l'esthétisme et de la mièvrerie, ces images plus vraisemblables que raisonnables, sont à lire comme on tourne les pages d'un album de souvenirs enfouis qui recèlent les cicatrices du temps dans les joies fugaces et les ébats insouciants de l'instant.

  • A Bruxelles, le Carré Tillens est une parcelle de campagne oubliée, encore traversée par des sentiers plus anciens que les rues avoisinantes. Ce potager des rencontres improbables a été longtemps squatté par des jardiniers venus de tous horizons. Avec le soutien des habitants et des autorités politiques, son réaménagement en a fait un espace d'expérimentation sociale, dédié aux échanges entre générations et à la transmission de savoirs maraichers. Daniel Desmedt, né en 1957 a découvert la photo à l'âge de cinq ans. Intéressé par les traces dans le paysage, il photographie les mutations ? :' du CarréTillens depuis quinze ans.

  • SÉQUENCES / PAYSAGES présente et commente des séries photographiques, successions de vues d'un même lieu prises dans les mêmes conditions à différentes époques. Les séries font apparaître les changements, voire les bouleversements qui ont marqué le paysage français en un siècle. Plus étonnant, elles montrent comment il se modifie aujourd'hui. SÉQUENCES / PAYSAGES 2000 est le deuxième numéro de la revue de l'Observatoire photographique du paysage. Cet observatoire, mis en place par le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement français, est chargé de mettre la France, en quelque sorte, sous "surveillance" photographique. Photographes : Gérard Dalla Santa, Alain Ceccaroli, Gérard Dufresne, Anne-Marie Filaire, Anne Favret et Patrick Manez.

  • " L'Observatoire photographique du paysage ", mis en place par le Ministère français de l'Environnement, a pour objet de constituer un fonds photographique qui permet d'analyser les mécanismes de transformation des espaces et les acteurs qui en sont la cause de façon à orienter favorablement l'évolution du paysage. Le Parc naturel régional de la Forêt d'Orient (près de Troyes en France) a chargé Jacques Vilet de réaliser, de 1997 à 2000, une centaine de photographies, parmi lesquelles quarante sont désormais reconduites chaque année vers la date anniversaire, en parfaite similitude de cadrage et d'éclairage. Le livre présente un ensemble de photographies choisies par l'artiste, ainsi que le catalogue complet, à ce jour, des images obtenues lors de cette mission.

  • Dans " Noces ", Gilbert Fastenaekens aborde la nature. Une nature dense, austère et délicate à la fois, une végétation puissante et échevelée qui revit sur une terre tourmentée par la Première Guerre mondiale. Dans un espace étroit de cette forêt, élu par lui, l'auteur est venu et revenu se mettre à l'épreuve jusqu'à une forme de double épuisement, celui de son regard et celui du motif pour laisser place à la force d'une expérience intimiste. (. . .) " Après un certain temps, à force d'être là, quand je n'attends plus rien, quand j'ai oublié pourquoi je suis venu, quand toute idée de fuite ou d'urgence n'a plus cours, arrivent des moments rares, des sensations fortes et sereines, qui m'ont permis de me sentir pleinement dans l'instant des choses. Je ressens, bien malgré moi, que je deviens le paysage, je deviens l'arbre, la pierre, un élément du paysage, acceptant le temps présent pour ce qu'il est, révélant par là même son sens. Je m'écoule avec lui et je sens humblement que le passage symbolique du temporel au spatial dissipe l'éphémère pour n'indiquer que l'instant présent dans l'espace ". Extrait du texte de Gilbert Fastenaekens.

  • La reconduction photographique consiste à faire une reprise de vue conforme à une photographie antérieure, en respectant le plus précisément possible le point de vue d'origine, le cadrage et les autres paramètres tels que la saison, la lumière, la focale. Ce protocole spécifiquement photographique, applicable à tous types d'environnements, est un moyen d'améliorer la perception de lieux supposés familiers - ici les paysages urbains bruxellois - et d'accéder aux phénomènes complexes, parfois spectaculaires, parfois discrets, qui les modifient sans cesse. Suivant l'ampleur des transformations urbaines, l'oil retient d'abord ce qui n'a pas changé puis s'attache dans un deuxième temps à trouver les indices du passage du temps ou, au contraire, cherche dans un paysage entièrement renouvelé quelque bouée à laquelle se raccrocher. Cette confrontation du passé et du présent révèle une histoire de la ville qui ne plaide pas toujours en faveur des pratiques contemporaines. Pourtant, l'image avant/après qui en résulte n'est pas la juxtaposition de deux mondes antagonistes mais celle de deux moments de l'existence d'un même « organisme » urbain avec ses événements, ses immeubles, ses chantiers, ses véhicules, ses passants, sa lumière. Tout cela est destiné à changer, se transformer, exister, apparaître ou disparaître.

  • Christian Meynen a réalisé ces photographies entre 1983 et 1996 dans différentes stations balnéaires du littoral belge et français. Cette vision sobre de l'architecture et de l'urbanisme des cités côtières relève d'un puissant style photographique situé à la frontière entre art et document. Les images en noir et blanc de ces villes visitées pendant l'hiver, donc vides de toute présence humaine, constituent en l'occurrence de véritables paysages urbains

  • " La série NC-NCa, travail entrepris par Emmanuel Pinard sur la plaine de Montesson de 1995 à 1998, s'inscrit dans la continuité de ses paysages périphériques...
    ...(ce) lieu unique, est photographié en noir et blanc par temps couvert, donner forme à l'informe, photographier les espaces incertains de périphéries urbaines apparemment sans limites, sans ordre et sans déterminismes identifiables. E. Pinard se confronte d'autant plus radicalement à cette insaisissable réalité qu'il concentre systématiquement son travail sur les lieux vides et délaissés et sur des terrains que leur caractère vague, au sens strict du terme, situe aux confins du représentable. A travers ce travail sur la sédimentation du temps et des traces, Emmanuel Pinard parvient à nous faire lire la réalité d'un lieu dans toute sa complexité : géographique, sociale, technique, historique et esthétique". Extraits du texte " Photographier l'informe " d ' Eric Lapierre.

  • Un photographe expose ses livres.
    On objectera que c'est là une façon de parler. Les livres des photographes sont composés de leurs photographies. Et ce sont bien les photographies de Raymond Depardon qui sont exposées sur les murs, accompagnées de quelques-uns de ses commentaires. Il n'empêche : l'unité qui structure cette exposition, c'est bien l'unité du livre. Et le livre, cela signifie autre chose que la collection des images. Cela signifie, en un sens, l'inverse : le volume clos sur lui-même et feuilleté page à page, qui s'oppose au déploiement spatial des images et subordonne leur pouvoir à l'orientation d'une parole propre à dire ce que nous voyons, ce que le photographe a fait et ce que lui et nous pouvons en penser.
    D'emblée donc ce dispositif nous ferme une certaine voie, celle qui place le libre spectateur devant une image autosuffisante, la voie donc d'une certaine autonomie de l'art. L'image de Raymond Depardon ne se suffit pas à elle-même. On dira qu'il vient de la famille des reporters, voués à l'information sur le monde, et non de celle des plasticiens, attachés au culte de la forme. Mais l'explication est superficielle.
    Sans doute, le livre, comme le journal, voue l'image à soutenir un discours ou à être soutenu par lui. Mais ce n'est pas une dépendance contre une autre ou à la place d'une autre. Les livres de Raymond Depardon sont les oeuvres d'un photographe délivré de la commande faite au reporter, soustrait à l'obligation de donner au public les images des grands événements ou des grandes questions de l'heure. Ils sont ceux d'un artiste maître de ses images.
    Mais justement cette liberté du photographe ne prend pas la forme d'une autosuffisance de l'image. C'est en mettant d'autres mots sous les photos du reporter qu'il l'a d'abord conquise. Elle prend alors la forme d'une autre hétéronomie, où l'image se lie doublement à la loi du discours : dans son enchaînement avec d'autres images et dans la parole qui la commente. C'est la liberté même de la photographie qui appelle, pour s'accomplir, le supplément de la parole et la forme du livre.
    (Jacques Rancière)

  • Les photographies de ce livre ont été réalisées entre 1991 et 1993, sur l'île de Schiermonnikoog, en Mer du Nord. (. . .) " Autour de l'île, quand la mer et le sable ne s'atteignent plus, le vent imprime sa propre trace, qui est un effacement. Rien ne subsiste alors - de la lumière sur de l'air qui bouge - sinon l'ultime présence d'un retrait, la dissidence du photographe. Ses images qui sont des empreintes deviennent l'empreinte d'une disparition. Du silence a pris corps ". Alain Buttard (. . .) " La lumière ici ne mène pas au-delà des apparences vers quelque réalité transcendante : au contraire, elle dissout les réalités apparemment les plus solides dans le rythme immanent de l'apparaître et du disparaître. Ces paysages, plutôt que le miroir d'une âme, sont un immense koan visuel : un paradoxe énigmatique qui nous pousse hors de nos manières de voir établies ". Jean-Marie Schaëffer, extrait de la postface " Comme de la lumière ".

  • Dominique Auerbacher travaille sur ces non-lieux que sont les zones périphériques, génératrices de nouveaux paysages. Qu'il s'agisse de zones commerciales, industrielles ou artisanales, surgies aux alentours de l'autoroute A1, dans le nord de la France, les aménagements du territoire qu'elles nécessitent semblent ne pas connaître de logique urbanistique. Une aire commerciale jouxte un champ, une zone de loisir côtoie un parking : c'est ce mélange des espaces et l'impression de désordre qui en découle mais aussi l'artificialité standardisée des aménagements et structures, qui se lisent dans ce travail. Les images couleurs, neutres, de type documentaire, se veulent interchangeables, ce qu'encourage la mise en page de ce livre s'ouvrant sur une trentaine d'images des différentes catégories de zones, entrecoupées de fragments de textes administratifs concernant les aménagements et ponctuées d'aplats de couleur vert clair invitant à la permutation avec l'une ou l'autre des images présentées sous forme de catalogue, dans la seconde partie de l'ouvrage.

  • ODO YAKUZA TOKYO est le récit photographique intimiste d'un photographe belge, illustrant la sous-culture impénétrable du crime organisé japonais : les Yakuza. Pendant deux ans, Anton Kusters a documenté l'intérieur de la famille Shinseikai qui contrôle Kabukicho, le célèbre quartier chaud au cour de Tokyo : des funérailles, camps d'entraînement secrets et réunions d'affaires aux tatouages couvrant tout le corps, rien de cette énigme japonaise des temps modernes que sont les « Yakuza » n'est laissé dans l'ombre. La sensation d'une tension sous-jacente tout à la fois subtile et puissante nous rappelle sans cesse que ce monde ne peut se voir à travers le prisme du bien contre le mal, du blanc et du noir. C'est simplement l'humanité dans ses innombrables nuances de gris.
    Nul autre photographe de mes connaissances n'était mieux à même de l'illustrer qu'Anton Kusters. Oui, un Occidental qui sera observé et traité avec circonspection. Et pourtant un homme auquel les Yakuza finiront par faire confiance en lui permettant d'accéder à leurs activités les plus privées. Oui, Anton a trouvé le juste « milieu » entre, d'une part, l'emprise totale des Yakuza sur son approche et, d'autre part, sa propre intégrité artistique débarrassée de toute restriction. Comment y est-il parvenu ? En combinant sa personnalité maîtrisée et sa vision. Une vision faite d'un style artistique au service d'une intégrité totale. Sans entrer cependant en conflit avec les Yakuza qui auraient traité toute trahison avec sévérité. Ces photographies nous amènent donc à percevoir l'omniprésence des Yakuza, celle-là même qui fonde leur puissance occulte, mais aussi leur vision d'eux-mêmes, c'est-à-dire d'honorables personnes dans les multiples facettes de la société japonaise traditionnelle, en termes d'organisation, de relations personnelles et de progrès. Anton Kusters devait tenir compte de toutes ces dimensions et, dans le même temps, jouer sa propre partition. Ce qui ne manque pas d'audace.
    - David Alan Harvey, Magnum « Dans l'hôtel bar à Niigata, je commence seulement à comprendre par petites touches l'interaction sociale très subtile qui est à l'ouvre, les expressions à peine perceptibles sur les visages, les gestes, les voix et les intonations, le langage corporel. Comme lorsque le bar est évacué pour permettre au parrain de venir y boire son café en toute tranquillité : tout semble strictement organisé mais de la manière la plus naturelle du monde. Curieusement, personne n'a à me dire ce que je dois faire, où m'asseoir, quand parler ou quand me taire. Tout se passe comme si je sentais littéralement les limites à ne pas franchir, les attentes implicites et que j'apprenais lentement quand je pouvais avancer et quand il valait mieux me tenir en retrait. Assis à la table, scruté par un garde du corps, j'ai la sensation très réelle de marcher sur des oufs. » - Anton Kusters

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