Memoire Du Livre

  • " jean-louis bory écrivait avec une alacrité, mais aussi une rage, voire une férocité dont notre indifférence correcte a perdu le sel.
    Il appartenait à un temps où le papier était une mitraillette, où la liberté d'écrire était trop mal partagée pour qu'on n'en abusât pas sans réserve. bory, malgré sa bonne humeur, pensait que le cinéma est un combat. qu'on ne cherche pourtant pas ici ces éreintements de salon, ces assassinats au vitriol qu'ont toujours pratiqués les arrivistes instinctifs, lesquels savent que l'odeur du crime attire les promeneurs qui s'ennuient.
    Bory avait la lutte constructive. ses diatribes - rares -, il les réservait au cinéma commercial, à celui qui n'est fait que pour remplir les caisses, pour lequel il n'avait pas de mots assez durs. il ne supportait pas qu'on filmât sans passion. rectangle multiple apparaît comme un vivant et vivifiant témoignage d'histoire, une suite de coups de cour, de coups de force et de coups de sang reflétant l'état du monde il y a un quart de siècle et les moyens à mettre en oeuvre pour le changer radicalement.
    Dans la mutation de la société, le cinéma n'a pas pris toute la part, mais a joué tout de même un certain rôle : on devine à travers bory que les tyrannies morales et politiques sont alors en recul. je ne dis pas que de tels écrits ont suffi à jeter bas des forteresses dictatoriales. du moins ont-ils servi à faire comprendre à quel point l'oppression, la violence policière si répandues alors, et dans l'indifférence générale, constituent avant tout des grossièretés profondes.
    Et c'est ainsi qu'on change, en faisant courir les mots et les idées comme des fourmis dans une fourmilière, toute une façon de penser. il me semble aujourd'hui que bory n'aurait pas détesté les temps que nous vivons. peut-être qu'il les a quelque peu façonnés. il me semble qu'ils ont gagné en tolérance. hélas, tout en perdant en liberté de ton. ".

  • Au Nouvel Observateur et au " Masque et la Plume", sur France-Inter, Jean-Louis Bory fut un ardent défenseur du nouveau cinéma.
    On retrouve dans chacune de ses phrases sa voix et son enthousiasme. Alors que tant de critiques hésitent à regrouper leurs articles qu'ils jugent trop liés à des événements déjà passés, ce livre démontre de façon évidente que la critique peut ne pas vieillir. Ces textes, publiés dans Le Nouvel Observateur de 1977 à 1979 et inédits en volume, rejoignent, à juste titre, l'oeuvre littéraire de Jean-Louis Bory.
    Même style, même jaillissement, même regard sur la société. De même que les critiques de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol sont déjà des créations, les articles de Jean-Louis Bory existent en eux-mêmes. Ils s'imposent à nous comme des " short stories ". Les " histoires " de Bory défient ainsi le temps en nous parlant de films majeurs: Providence de Resnais, Casanova de Fellini, L'Homme qui aimait les femmes de Truffaut, Padre Padrone des frères Taviani, Une journée particulière d'Ettore Scola, Un ami américain de Wim Wenders, Le Diable probablement de Bresson, L'oeuf du serpent de Bergman, La Petite de Malle, Le Goût du saké d'Ozu, Intérieurs d'Allen, Nosferatu de Herzog...
    " Une critique enthousiaste de Bory sur un film déclenchait automatiquement la venue dans les salles du Quartier latin d'un public qu'on pouvait évaluer à près de 50 000 personnes dans les années 70. Ce qui déterminait Bory, devant les films comme devant les gens, c'était la passion. La passion totale, incontrôlée ". YVES BOISSET

  • « L'obstacle, c'est l'écran. Et il fait obstacle à la gerbe qu'est le faisceau lumineux jailli de l'appareil de projection. Le film naît de la re n c o n t re de cette gerbe avec cet obstacle», dit Jean-Louis Bory. Grande période que ces années 1973- 1974. Le recueil s'ouvre avec un a rticle intitulé « Gil Blas sur le tro tto i r » et consacré à Flesh de Paul M o r i s s e y. Il s'achève avec un texte titré « Rumeur des âmes, grondement du m o n d e » et centré sur Les Hautes Solitudes de Philippe Garrel et Chinatown de Roman Polanski. Au cours de cette période, Jean-Louis B o ry visionne également État de siège de Costa-Gavras, Français, si vous saviez de Harris et Sédouy, La Maman et la Putain d'Eustache, Le Limier d e Mankiewicz, Cris et Chuchotemendt es B e rgman, Nathalie Granger d e M a rguerite Duras, Lucky Lucianod e Rosi, Lacombe Luciedne Malle, Portier de nuit de Cavani, A m a rc o rd de Fellini, Les Mille et Une Nuidtse Pasolini, Sw e e t Movie de Makavejev, Contes immoraux de Borowczyk, Le Fantôme de la libt éer de Bunuel, Lancelot du ladc e Bres s o n , Céline et Julie vont en batedaeu R ivette, Vincent, François, Paul et les autrde es Sautet. Au passage, le critique salue des classiques : Murnau, René Clair, Laurel et Hardy... L'humeur batailleuse, Bory dénonce a l l è g rement le cinéma commerc i a l , renchérit sur les provocations qui naissent au festival de Cannes, il raconte la bataille de La Grande Bouffseu r la C roisette, prend la défense d'autre s cinématographies (Le Moineau d e Youssef Chahine le passionne), d é c o u v re des jeunes (Ve c c h i a l i , Doillon), s'amuse de la nouvelle audace du cinéma vis-à-vis de la sexualité -« le catéchisme du sexe », dit-il à propos du film de Borowczyk -, nous parle autant de la société que du cinéma. Avec le brio que lui donne sa fureur contre « l'art vautré».

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