Montagne Sans Frontieres

  • Claude Gouron n'a passé qu'une vingtaine de jours dans ce coin reculé de l'Inde du nord. Il a été émerveillé par l'imposante présence de la nature, charmé par la gentillesse et la simplicité de ses habitants.
    Le photographe a voulu montrer que ce court voyage serait néanmoins suffisant pour réunir matière à un livre, en témoignage de la force et de la richesse de ces lieux...

    ...Entretemps, au début du mois d'août 2010, les éléments déchainés ont effacé une partie de ce que nous avions découvert. Les ladakhis font preuve d'un grand courage dans cette épreuve: entraide, dignité. Cela ne suffira pas pour réparer, remplacer les récoltes perdues, traverser le redoutable hiver himalayen.
    Les représentants de l'association Montagne Sans Frontières ont décidé de publier ce livre au profit des personnes sinistrées du Ladakh, en reversant les bénéfices aux associations d'aide installées sur place, notamment la Maison des Himalayas.

    Extrait de texte Le sourire de Bouddha Tant de visiteurs sont passés, sans laisser de traces, en ces lieux presque vierges des stigmates du vingtième siècle. Il y aurait tout au plus les sandales en plastique, comme les bouteilles d'huile en offrande, quelques panneaux solaires sur les terrasses, le béton des escaliers extérieurs et la rumeur des camions kakis, en contrebas, dans la vallée du fleuve sacré filant avec eux vers le Cachemire.

    Le long du chemin s'élevant sur la colline, les mantras décorent le quartz illuminé par l'altitude, outils spirituels assortis au ciel qu'ils effleurent. Franchis les seuils ombragés, une main sur un bouton doré garni d'une écharpe tressée ouvre les portes. Le temple se repose, dans la pénombre perpétuelle. Un grand Bouddha, géant doré, émerge de sa loge et nous prête son sourire. Une lumière intérieure nous apprivoise, et l'espace d'un instant nous fait recouvrer la vue. Éclairés, nous avons admiré des fresques aux nuances indomptables. Dehors, dans la cour fleurie douchée par le soleil, les enfants drapés jouent, entre deux prières.

    La cérémonie du matin, objet de curiosité, attire les touristes, bardés de caméras. Un vieux moine dort, une cloche à la main. Un enfant rêve, regard tourné vers la lumière, une joue posée sur sa tablette au bois patiné par les centaines de petites mains que ses ancêtres, alors enfants, ont posé. A quoi pense-t-il, ce bout-de-chou rouge, assis à côté de ces quelques pâles étrangers en blue-jean, obsédés par leur boite à souvenirs? A sa mère, peut-être, qui l'a laissé partir vers une vie meilleure, loin de son giron et de sa tendresse, de son village et de ses arpents de terre, dont la totalité de la récolte annuelle ne suffirait pas pour acheter nos jouets numériques?

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