Rivages

  • J'ai dit à mes débuts qu'il ne fallait pas plus de quatre heures - et encore, quand on n'est pas doué - pour apprendre la mise en scène, et je le pense toujours.
    Il suffit de quatre heures pour apprendre ce qui est nécessaire : à quoi correspondent les objectifs, la petite grammaire sur la direction des regards, comment réaliser les mouvements d'appareil, la profondeur de champ. Claude Chabrol Du choix du sujet à l'écriture du scénario de la recherche d'un producteur à l'aventure du tournage de la direction d'acteurs à celle des techniciens de la finition du film à la sortie en salles - le service après vente -, Claude Chabrol nous donne une vision chaleureuse et caustique de son métier.

  • On se souvient de lui au guidon d'un chopper, traçant la route dans Easy Rider. En fou visionnaire, un Nikon en bandoulière, aux côtés d'un Marlon Brando complètement cinglé, dans la jungle d'Apocalypse Now.
    En terrifiant psychopathe dans Blue Velvet. En jeune voyou dans La Fureur de vivre. En acteur indomptable, jusqu'à ses derniers rôles. En metteur en scène d'une poignée de films cultes (Out of the Blue, Colors, Hot Spot), dans un Hollywood en pleine révolution. En amateur éclairé de pop art. En photographe inspiré... Dennis Hopper reste le symbole de l'artiste rebelle, sans cesse sur la brèche d'un underground à la recherche de nouvelles frontières. De « l'ami américain », bien au-delà du film de Wim Wenders...
    Loin d'être une stricte biographie, ce texte électrique propose une chevauchée sauvage à travers ses nombreuses vies, folles et brillantes. Un portrait au couteau, vif et nerveux, réalisé à partir d'une multitude d'interviews de ses collègues et amis, acteurs, artistes, musiciens, ex-femmes, ou simples habitants de Taos, Nouveau Mexique, où Dennis Hopper passa d'une bonne partie de son existence. Bref, un livre à son image.

  • Auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le cinéma mondial, dont un incontournable Stanley Kubrick, critique internationalement reconnu, notamment par les réalisateurs eux-mêmes (Quentin Tarantino, les Frères Coen, Francesco Rosi, Maurice Pialat), auteur de documentaires sur Elia Kazan, Billy Wilder et Joseph L. Mankiewicz, professeur émérite, Michel Ciment a "pratiqué" le cinéma depuis son enfance et en a exploré tous les aspects.
    C'est cet itinéraire - de l'apprentissage spontané de la cinéphilie dans les cinémas de quartier aux diverses étapes de la critique professionnelle (revues, radios, télévision), du plaisir d'enseigner (lycée, université), à la participation aux jurys internationaux des plus grands festivals, de sa conception de l'analyse cinématographique à ses rencontres avec les grands réalisateurs mondiaux - qu'il retrace au fil de ces entretiens avec son collègue et ami N.T.
    Binh. Avec, pour unique but, de donner en partage cet amour pour le cinéma et ceux qui le font.

  • A l'époque où le cinéma américain retentit d'effets spéciaux tapageurs, Woody Allen demeure, loin de Hollywood et de ses systèmes, un auteur à l'européenne.
    Né en 1935 à Brooklyn, le plus célèbre représentant de l'humour juif new-yorkais est aujourd'hui consacré comme un grand cinéaste par une intelligentsia dont ses films reflètent les moeurs et les modes avec autant de drôlerie que d'acuité sociologique. En quelque vingt-cinq chapitres plus ou moins graves, Woody Allen a ainsi édifié ce qu'il convient de considérer aujourd'hui comme une oeuvre majeure, par sa cohérence aussi bien que par sa profondeur.
    Des débuts du comédien et du scénariste de Quoi de neuf, Pussycat ? à la maturité triomphante du réalisateur de Mighty Aphrodite, le rouquin à lunettes le plus célèbre de l'histoire du cinéma jongle avec les références culturelles et cinéphiliques en racontant toujours la même histoire : la sienne. Film après film, il a su tisser sa toile et développer des collaborations qui témoignent d'une exemplaire fidélité, tout en rendant hommage à deux femmes, ses muses: Diane Keaton et Mia Farrow.
    Quand l'un de ses films sort, le tournage du suivant est déjà en cours. On a beau guetter Woody Allen au tournant, il est déjà loin. Il aurait pu se contenter d'être le plus brillant disciple des frères Marx, il est devenu le Bergman de l'Amérique. Une institution.

  • Arnaud Desplechin : Dans vos notes de tournage, sur Tristana, vous mentionnez la phrase que Bunuel vous dit dans la scène du balcon : « Pas de psychologie ». C'est une scène historique ! C'est à propos de cette scène qu'Hitchcock avait envoyé un mot à Bunuel pour lui dire son admiration ; qu'il était jaloux d'un tel plan. Eh bien, sur une scène aussi scabreuse, aussi choquante, il y a des choses que la psychologie ne peut pas raconter. Alors, vous et Bunuel, vous rigolez comme des bossus.

    Catherine Deneuve : Mais oui ! Il y a un moment où il faut accepter que l'image soit plus forte que vous, que les intentions du réalisateur soient plus fortes que vous..

    AD : Mais la performance est incroyable !

    CD : La performance, précisément pour ça, c'était l'idée d'être extrêmement perméable, ouverte, sans aucune arrière-pensée, vous voyez. Quand il me dit : « vous souriez. », l'idée, c'était d'être la plus immuable mais la plus souriante aussi, et de ne surtout pas mettre d'intention derrière. Il y en avait déjà assez ! Ce qui s'imprime c'est autre chose. En même temps, Bunuel était extrêmement pudique. [.] Je souffrais un peu pour lui, c'était très sommaire ce qu'il disait. C'est plutôt ce qu'il disait en dehors du film ou ce qui était écrit. Mais ce que lui pouvait dire de ça, il fallait vraiment essayer d'imaginer, de le deviner. Il était très bourru dans sa façon de parler, ça me faisait rire d'ailleurs.

    Dans ce livre d'entretiens, Arnaud Desplechin - qui a dirigé Catherine Deneuve dans Un conte de Noël (2008) - nous fait voir l'actrice à travers son regard précis et émouvant et c'est comme si on la voyait pour la première fois. Et on les aime sans réserve ensemble et séparément, comme on a toujours aimé les couples actrice-réalisateur, comme on aime le cinéma. Tout autant que dans ses films, Arnaud Desplechin a ici l'art du dialogue.

    Le livre est composé d'un entretien publié en novembre/décembre 2008 pour la revue américaine Film Comment (équivalent en quelque sorte des Cahiers aux États-Unis) et d'un portrait de Catherine Deneuve fait par Arnaud Desplechin, pour les Inrocks paru en décembre 2004.

  • Contrairement à la plupart de ses contemporains, Oliver Stone n'a pas appris la vie au cinéma.
    En 1967, à dix-neuf ans, il s'engage pour aller combattre au Viêt-nam. Les horreurs qu'il y découvre lui font prendre conscience d'avoir été trompé : par sa famille conservatrice, par la propagande anticommuniste de la guerre froide, et par toutes les illusions du rêve américain. Impatient de témoigner par le cinéma, qu'il étudie à l'université de New York, il écrit des scénarios pour les autres (Midnight Express, Scarface.
    L'Année du dragon), puis réalise lui-même des films où il s'attache à dénoncer les travers de l'Amérique. Il s'en prend successivement à la guerre impérialiste (Salvador, Platoon, Né un 4 juillet, Entre ciel et terre), au cynisme financier (Wa1l Street), au fascisme latent (Talk Radio), à la répression idéologique (Les Doors), à la violence omniprésente (JFK, Tueurs-nés), à la paranoïa nationaliste (Nixon), dans des oeuvres où la critique acérée se teinte d'un idéalisme à la Capra.
    Par leur implication, leur volonté de dire avant de distraire, ces films, écrits et produits en toute indépendance aux marges de Hollywood, vont à contre-courant des tendances dominantes. D'où leur impact dérangeant et l'intérêt persistant qu'ils suscitent à travers le monde.

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