Transparence

  • Le chef-d'oeuvre de Wong Kar-wai A sa sortie, In the Mood for Love (2000, de Wong Kar-wai) fut un très grand succès public. Et les raisons ne manquent pas : magnifiques interprétations, mise en scène magistrale, superbe combinaison des images et de la musique... Le volume est articulé par thèmes (le secret, la répétition...) de façon à étudier toutes les dimensions du film. Un article sera consacré à la « suite » d'In the Mood : 2046.

    Jean-Christophe Ferrari est membre du comité de rédaction de la revue Positif et est l'auteur du volume sur Remorques publié aux Editions de La Transparence. Il réunit autour de lui quatre auteurs (universitaires et critiques).

  • Remorques se regarde comme un aplat détrempé ou un rouleau déplié.
    Là réside la modernité du film : dans son absence d'épaisseur métaphysique ou de densité psychologique, dans son refus de l'invisible et de toute poésie factice, c'est-à-dire dans le rendu de la prose du monde. dans la mesure où toute la douleur du monde semble s'être logée dans le tueur d'andré laurent (jean gabin), la souffrance n'est pas liée au conflit entre l'individu et l'univers. elle se dilate à la mesure du cosmos.
    Sans appel à la sublimation. sans appel à la réconciliation entre l'homme et les choses. juste la description d'une douleur sèche.

  • Jean Douchet : « Kenzi Mizoguchi est au cinéma ce que Jean-Sébastien Bach est à la musique. (...) le plus grand. »
    Les Amants crucifiés (1954) est un film très apprécié du public européen (il a obtenu le Lion d'argent au festival de Venise 1955) et à l'occasion de la sortie en DVD de 2 coffrets, une étude s'imposait.
    Les cinéphiles apprécieront la minutieuse analyse par J.-Ch. Ferrari d'un film qui traite, de façon universelle (et qui ne se limite pas du tout à l'étude des moeurs japonaises), de la cruauté des sentiments amoureux.

  • En 1972, Paul Schrader était au plus mal : il buvait beaucoup, vivait dans sa voiture.
    Il fut hospitalisé pour un ulcère de l'estomac. C'est à ce moment-là qu'il suivit l'affaire Arthur Brumer qui tenta d'assassiner le gouverneur d'Alabama George Wallace ; cette histoire est à l'origine du scénario de Taxi Driver (1976). Les dirigeants de Columbia détestaient le scénario, mais ils ne pouvaient plus refuser d'engager Martin Scorsese et Robert De Niro après le succès immense de Mean Streets (1973) et du Parrain II (1974).
    Taxi Driver compte parmi les deux ou trois films américains les plus réussis des années soixante-dix. De Niro est captivant dans le rôle de Travis Bickle, l'incarnation de la masculinité américaine de l'après-guerre du Vietnam -un homme aux désirs refoulés, fanatique, continuellement au bord de la crise psychotique. Le film est servi par le talent de Cybill Sheplierd et Jodie Foster et par la dernière composition de Bernard Herrmann, le plus grand compositeur de musiques de films.
    Scorsese tourna Taxi Driver à New York et la violence du film fait écho à la dureté de la vie new-yorkaise. Même si ses qualités techniques le rendent palpitant, le film est aussi profondément dérangeant. Comme le montre Amy Taubin, on y découvre que le racisme, la misogynie et le fétichisme des armes sont au coeur de la culture américaine.

  • Le réalisateur, comme le peintre d'icônes, ne peut pas se limiter à copier des modèles ; tous deux sont tenus d'en faire l'expérience, autant dans leur propre vie que dans leur vision ; c'est ainsi que l'image véritable pourra émerger des traces de ces expériences.


  • " je passe beaucoup de temps à réfléchir au langage cinématographique.
    récemment, j'ai lu un ouvrage d'italo calvino qui s'intitule leçons américaines. on y trouve une formule qui dit ceci : "qu'est-ce que la profondeur en art ? la profondeur est à la surface. " c'est ce que j'appelle les "traces". le message d'un film apparaît à travers les traces que laissent les actions et les émotions. le cinéma possède cette faculté unique de transmettre du sens au-delà des mots. " fidèle à cette déclaration de hou hsiao-hsien, jean-michel durafour propose une analyse de millennium mambo (2001) qui parcourt la surface des images pour en révéler l'inouïe profondeur.


  • En 1962, Jean Wahl publia un long article sur la correspondance de Vincent Van Gogh. En suivant pas à pas le cheminement du peintre et l'évolution de sa réflexion sur son art, le philosophe cherche à " permettre au lecteur d'entrer en contact avec la pensée du peintre ". Dans ce texte majeur, Jean Wahl suspend la frontière qui sépare avec trop d'assurance et de complaisance l'art et la pensée, l'existence et la philosophie. Quand la voix de l'artiste se révèle pensive, alors le philosophe écoute... Cette réédition, établie sous la direction de Thibaud Trochu et Cyrille Habert, est accompagnée d'un choix de dessins de Vincent Van Gogh.


  • arrivé à l'âge crucial, godard dresse un premier bilan, avant la
    récapitulation de pierrot le fou et le " retour à zéro ", le désoeuvrement des années 1966-1967 et ces films " trouvés à la ferraille " ou " égarés dans le cosmos ".
    il y aura bientôt comme un effet de précipitation oú la star-godard, dotée d'une infaillibilité papale selon truffaut, tentera d'échapper à sa malédiction en trouvant d'autres modes opératoires (militantisme, vidéo, installation à grenoble, puis en suisse).
    mais au moment du mépris, et c'est bien ce qu'affirme la caméra de raoul coutard à la fin du générique, il importe d'aller à la rencontre du spectateur-philosophe - c'est-à-dire chacun d'entre nous - en questionnant sa position, sa légitimité, ses attentes.
    comme chez hitchcock et comme pour rossellini, le spectateur est l'objet de toutes les attentions. qu'attendre désormais du cinéma ? cela a-t-il eu lieu ? un recommencement paraît-il seulement envisageable ? réflexion, méditation, récapitulation, préparation à la conversion ou à la disparition : le mépris apparaît bel et bien comme un exercice spirituel - un memento mori du cinéma.

  • Le chef-d'oeuvre de Lynch dans « Cinéphilie » A sa sortie en 2001, MULHOLLAND DRIVE fut un très grand succès, aussi bien critique (César du meilleur film étranger, Prix du meilleur réalisateur à Cannes) que public : le film est fascinant, sans doute en vertu de sa structure qui mêle rêve et réalité. L'ouvrage réunit un collectif de spécialistes (de plusieurs disciplines) qui s'attachent à étudier les dimensions principales du film : Hollywood et les stars, la musique, le rêve, les corps... Date de sortie du prochain film de Lynch (INLAND EMPIRE) : février-mars 2007.

    Sara Guindani (philosophe), Yan Maresz (compositeur à l'IRCAM), Marc Cerisuelo (enseignant-chercheur en cinéma), Pierre Sorlin (historien), Yves-Jean Harder (philosophe), Frédérique Toudoire-Surlapierre (enseignant-chercheur en littérature).
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  • Dernier western de Sergio Leone qu'il tourna, en partie, à Monument Valley avec un autre mythe fordien, Henry Fonda, transformé en tueur d'enfants, Il était une fois dans l'Ouest est moins une entreprise de désacralisation du genre qu'une étude amoureuse et désespérée de sa forme.
    Quarante-deux ans après sa sortie, et alors que d'Inglourious Basterds de Quentin Tarantino à Exilé de Johnnie To, les grands cinéastes contemporains continuent de s'y référer, cet ouvrage entreprend de revenir en détails sur ce qui demeure le plus fascinant des mythes jamais projetés sur grand écran. Plus qu'une analyse du film, c'est un essai passionné qui ne cherche pas à extirper le mystère de l'oeuvre, mais à voir pourquoi cette dernière, comme la mélodie d'Ennio Morricone qui la hante, nous aide à répondre à la seule question valable : Qu'est-ce que le cinéma ?

  • Partout et chaque fois qu'une zone de non-droit fait à nouveau son apparition, que le sinistre rideau de vieux velours rouge cardinal à dorures, noirci et râpé, de la raison d'État ou de l'état d'exception se referme pour un temps devant la scène du théâtre de l'histoire, alors le spectre de l'insoutenable Salo ou les 120 journées de Sodome revient hanter la mémoire occidentale.
    Peut-être Salo, quand le temps passé nous aura donné le courage et la force de le regarder bien en face et de le comprendre par ce regard et non contre lui, deviendra-t-il, pour nous, l'équivalent de ce que pouvait être l'Enfer de Dante pour son auteur, pour Pasolini : une oeuvre d'une incommensurable beauté poétique dont chaque détail, chaque personnage provient d'un quotidien éminemment politique et dont la souveraine ambiguïté signifiante, qui seule peut faire pièce à la barbarie, est encore discutée, mot à mot, sept siècles après son achèvement.
    "Nuit et Brouillard et Salo sont les deux films que devrait voir tout spectateur qui aspire à devenir citoyen", disait Jean-Claude Blette : c'est par une petite série de commentaires "mot à mot", comme on les pratique traditionnellement, tercet par tercet, dans les interprétations de la Divine Comédie, qu'Hervé Joubert-Laurencin, citoyen et ami de Jean-Claude Biette, a voulu ici "monographier" Salo.

  • On ne présente plus Stanley Kubrick, cinéaste majeur du XXe siècle qui a su, tout au long de sa carrière, concilier l'approche commerciale et spectaculaire d'un artisan d'exception avec celle, exigeante et innovante, d'un artiste.
    Ses films, devenus aujourd'hui des classiques, suscitèrent polémiques et controverses sans doute parce qu'ils refusaient une approche trop littérale pour s'adresser directement à l'inconscient des spectateurs. Les résonances philosophiques des thématiques abordées par Kubrick sont indéniables : il y est question des dérèglements de la société occidentale, d'une certaine expérience de l'absence de sens et du nihilisme triomphant de la civilisation technicienne.
    Sam Azulys analyse, dans cet essai, aussi bien du point de vue narratif qu'esthétique, ce qui à ses yeux confère son unité et sa pertinence philosophique à l'oeuvre de Kubrick. L'auteur s'attache à montrer que le regard du cinéaste est celui d'un diagnosticien des temps modernes qui scrutait le malaise de notre civilisation non pour formuler un constat désespéré, mais plutôt pour se coltiner au réel avec une lucidité héroïque.
    La confrontation des images du cinéaste aux pensées de philosophes comme Nietzsche, Spengler ou Heidegger permet d'apprécier la modernité de l'oeuvre kubrickienne et d'en mieux saisir les enjeux. Le monde est, pour le cinéaste généalogiste, un vaste échiquier parcouru par des forces antagonistes et inconscientes qui menacent à tout moment de le faire basculer dans l'entropie. Mais il n'est pas inutile de rappeler que si Kubrick envisageait très sérieusement la catastrophe, il envisageait tout aussi sérieusement le surpassement de l'être humain.

  • Français Ligne rouge (la) (vente ferme)

    Terrence Malick est un cinéaste ultra secret qui n'a réalisé que 3 films en 30 ans de carrière. On reconnaît cependant, à l'unanimité, que c'est l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. Or, aucune publication, à ce jour, ne lui a été consacrée.
    A l'occasion de cette étude sur La Ligne rouge (1998), Michel Chion revient sur les deux précédents films et montre l'unité de l'oeuvre de Malick.
    De la sorte, plus qu'un livre sur La Ligne rouge, on peut considérer cette étude comme une présentation générale de l'oeuvre de Malick.

  • Pour les dix ans de la mort de Louis Malle (Le Monde du silence, Ascenseur pour l'échafaud, Au revoir les enfants), de nombreux événements vont avoir lieu : nouvelles sorties en salles, coffrets DVD, parutions d'inédits chez Gallimard, rétrospective à la Cinémathèque...).
    Le Feu follet est, de l'aveu du cinéaste, sans doute son meilleur film, autant au niveau de la direction d'acteurs " magistral Maurice Ronet " qu'au niveau psychologique : ce film est une autobiographie à peine déguisée.

  • « 2046 résume tous mes films » (Wong Kar-wai)

    Projeté à Cannes en 2004, 2046 est la suite d'IN THE MOOD FOR LOVE de Wong Kar-wai. C'est une suite mais surtout un « film-somme » : un aboutissement et une synthèse de toute son oeuvre. C'est pourquoi l'ouvrage sera également une étude de l'ensemble du cinéma de Wong Kar-wai. L'ouvrage complète le volume précédemment publié sur IN THE MOOD FOR LOVE. Le film est au programme du bac option cinéma pour les années 2007, 2008 et 2009.

    Cyrille Habert est éditeur. Frédérique Toudoire-Surlapierre est maître de conférences en littérature comparée à l'université de Franche-Comté.

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