Work Is Progress

  • « Et le monde, qui faisait horreur et effroi, est à présent congédié. Il ne reste de lui que la grande plage anonyme et plate d'un sol et d'une cloison - ce qui reste du désert quand la nature a été annihilée ».
    Ces mots, tirés de la préface de Claude Louis-Combet, décrivent à la fois le décor et le propos des photographies de Natacha Nikouline. Le contexte se résume chez elle à l'essentiel (une lumière en douche, froide, sans complaisance, des murs nus) pour mieux laisser place au langage silencieux de douleurs en chute : les seuls sujets sont des corps agités de soubresauts silencieux, anonymes et sans visages. Figé, émoussé, la tête vide est une monographie de Natacha Nikouline, entre livre et portfolio, qui présente plus d'une trentaine de photographies en grand format. Une carte postale de Nature Morte, glissée entre les pages, leur apporte un contrepoint étrangement coloré.

  • Entre baroque oriental et gigantisme soviétique, les portraits de Bachar el-Assad ont longtemps transformé les rues de Syrie en un paysage urbain surprenant. Nicolas Righetti, fidèle photographe des icônes totalitaires, découvre Damas lors de la dernière réélection du président : la capitale est en proie à une véritable démesure picturale. Il saisit alors ces images de propagande dans leurs contextes et dans leurs matières - abîmées, froissées, salies. C'était en 2007. Depuis, les discours de Bachar el-Assad sont devenus tristement célèbres. Opposées page à page aux portraits d'un pouvoir triomphant que le photographe a saisis, les sentences obstinées du dictateur résonnent avec un cynisme brutal pour, au final, révéler un portrait tout autre : celui d'une répression souriante.

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